L’emploi abusif de l’exclusion
A la fois par l’esprit et par la méthode, la politique de la WT sur l’exclusion tient plus des méthodes des chefs religieux au pouvoir dans la nation Juive qu’à celles du Christ et de ses apôtres. Les effets en sont souvent tragiques.
Ce que cela a pour conséquence est illustré dans une lettre d’Annette Stuart (datée du 29 juillet 1987), une grand-mère de 77 ans de West Brookfield, dans le Massachussets, qui a été Témoin de Jéhovah de nombreuses années. Elle raconte que sa petite fille, alors âgée de quatorze ans, fut encouragée par sa mère à franchir le pas du baptême pour devenir Témoin de Jéhovah. Trois ans plus tard, la jeune fille fit savoir qu’être Témoin, lui faisait subir une trop grosse pression. Les anciens se réunirent et il lui fut formellement annoncé qu’elle ne devait plus participer à aucune réunion. La décision des anciens se justifiait ainsi : « puisqu’elle s’était exclue elle-même, il n’y avait pas d’autre choix que de l’exclure ». A cette époque, la politique de l’organisation ne demandait pas l’éloignement total des membres de la famille de l’exclu, et comme le dit Annette : « Au moins, la famille restait intacte ».
Puis en 1981, la politique changea. Annette raconte :
Ma petite fille était maintenant coupée de sa famille et de ses parents. Je ne pouvais pas la mettre dehors de chez moi. Elle avait plus que jamais besoin de nous ! Sa mère respecta la nouvelle règle. Elle n’avait plus rien avoir avec sa fille ni avec moi. Ceci était évidemment son choix. Deux anciens vinrent chez moi. Ils exprimèrent l’opinion que comme mon mari n’était pas Témoin de Jéhovah, ils ne pouvaient pas interdire à ma petite fille de venir chez nous. C’est ce que mon mari avait, au préalable, fait remarquer aux anciens.Les anciens me dirent que je devais sortir de la pièce quand ma petite fille viendrait nous rendre visite. Je ne devais pas manger à la même table si elle restait prendre un repas avec mon mari. Pour moi, ce qu’ils me demandaient était un manque d’amour, inhumain et non chrétien. Je leur répondis que je ne pouvais pas faire ce qu’ils me demandaient. Je me rappelle avoir pleuré amèrement à ce moment là. Ils restèrent là, glacés, sans compassion.
A l’âge de 73 ans, et après avoir passé trente ans dans l’organisation, la grand-mère de la jeune fille fut elle aussi exclue. Son mari, qui n’avait jamais été Témoin, vit toute sa famille se détourner soudain de lui. Il écrivit au siège central de la WT pour recevoir de l’aide mais l’action des anciens fut soutenue. Madame Stuart écrivit :
Ma fille, mon fils, mes petits enfants, mes arrières petits enfants – je n’ai pas pu voir ces biens aimés pendant quatre ans ! Mon fils et ma fille habitent dans la même ville que nous…Mon péché avait été d’avoir reçu chez moi ma petite fille exclue.
Comment une telle façon de faire peut-elle être justifiée sous le prétexte que cela contribue « à garder l’organisation pure » ? N’est-ce pas plutôt la démonstration que « quiconque ne peut enfreindre les ordres autoritaires de l’organisation sans impunité ? » Les anciens informèrent Annette « qu’elle devait servir d’exemple pour ceux qui voudraient enfreindre la règle ». Le siège central soutint leur position. La grand-mère de plus de soixante dix ans dut en fait ‘supporter le poids de l’autorité’, un traitement que Jésus décrit comme typique du monde et non du christianisme. Mathieu 20/25. (Vous savez que les chefs des nations les commandent en maître et que les grands exercent le pouvoir sur elles.).
Le cas de Richard Guimond montre à quel point la politique rigide de l’organisation provoque l’éclatement des relations familiales. Guimond, Témoin depuis 30 ans, en est venu à se poser de sérieuses questions sur les doctrines enseignées par la WT, et cela l’a conduit à des réunions ‘d’investigation’ avec les anciens. Il suggéra aux anciens que les Ecritures devaient être utilisées dans la discussion pour solutionner les questions. Il écrit, « la réponse était toujours la même : ‘Nous devons reconnaître le canal de communication de Dieu’ ». En 1982, les anciens de Wilmot Flat dans le New Hampshire, exclurent Guimond pour ses doutes. Quelques membres de sa famille soutinrent l’exclusion, d’autres pas. En 1984, il décrivit les derniers résultats, en disant :
Notre drame continue. Le 5 janvier, ma femme et nos mères respectives (veuves de 72 et 77 ans) ont été exclues par les anciens de la congrégation de Wilmot Flat. Cette incalculable cruauté nous fend le cœur. Le dernier lien de communication avec notre fille Témoin est maintenant douloureux. Ma femme perdra aussi le contact avec ses deux sœurs et leurs familles. Ma propre mère sera probablement rejetée par ses trois petites filles qui restent Témoin de Jéhovah. Le pire de tout, ma belle mère sera sans aucun doute rejetée par ses deux filles, ses neuf petits enfants et ses quatre arrières petits enfants. Tout cela à cause des règles de la Société Watch Tower.
Il y a des centaines voire même des milliers de cas semblables tous les jours. Il est évident qu’il ne s’agit pas là d’une simple anomalie ou de l’étroitesse d’esprit de quelques anciens locaux, comme en témoigne la lettre écrite par le comité de service de la société Watch Tower à un jeune homme du Nord Est dont le père avait été exclu, la seule charge contre lui étant de ne pas accepter certains enseignements de l’organisation. Le fils écrivit au siège central de Brooklyn que sa sœur et son mari n’avaient maintenant plus de relations avec son père et qu’il considérait cela comme un manque de respect envers ses parents. Voici la réponse qu’il reçut (son nom et son adresse ont été cachés par respect d’anonymat).
Le 14 juillet 1983
Cher frère,
Nous avons reçu ta lettre dans laquelle tu nous fais part de ton trouble en rapport avec un problème que les anciens semblent incapables de résoudre. Ton père a été exclu et il en résulte que ta sœur et son mari n’ont plus de relations avec lui. Il te semble que cela est irrespectueux envers tes parents.
Il est très malheureux de savoir que ton père a été exclu. En conséquence de son exclusion, il s’est établi une barrière dictée par les Écritures, entre lui et les membres fidèles de sa famille qui continuent à servir avec foi Jéhovah. La cause du problème ne vient pas de ceux qui sont restés fidèles mais de celui qui a été exclu. Il ne serait donc pas approprié que tu penses que la faute en revient à ta sœur qui obéit respectueusement à ce qui est ordonné dans les Écritures en I Cor 5/11.
Une personne exclue a été spirituellement coupée de la congrégation ; les liens spirituels passés ont complètement cessés. Cela est vrai pour ses parents y compris ceux qui font partie du cercle familial proche. Ainsi, les membres de la famille - en admettant qu’il y ait des liens familiaux, n’auront pas de relations spirituelles avec le parent exclu. (I Sam 28/6 ; Prov 15/8,9). S’il vous semble nécessaire, à toi et à ta sœur, de temps en temps, d’aller vous occuper de problèmes familiaux en rapport avec vos parents, les instructions contenues dans I Cor 5/11 vous interdiront toute fréquentation régulière. Nous savons que les sentiments et les liens familiaux sont très puissants entre parents et enfants, mais, au final, cela ne sera bénéfique pour personne et déplaira à Dieu, si nous permettons à l’émotion de nous laisser ignorer ses conseils avisés et sa direction. Nous devons manifester notre totale confiance dans sa parfaite droiture et ses voies, y compris dans les mesures prises à l’encontre des pécheurs non repentants. Si nous restons loyal envers Dieu et la congrégation, le pécheur pourra en tirer une leçon, se repentir et être réintégré dans la congrégation. Nous espérons que ce sera le cas pour ton père.
Fraternellement
Ainsi, pour un problème de conscience vis-à-vis d’une prise de position ou d’un désaccord avec l’enseignement de l’organisation, cet homme a été soi-disant classé comme celui décrit dans I Cor 5/11, «un homme dépravé», dans la même catégorie que ceux qui sont immoraux, avides, extorqueurs et idolâtre. Toute la responsabilité de la division familiale lui revient.
Il est indéniable que dans la plupart des cas, la division ne résulte pas d’une conviction ou des sentiments des membres de la famille de l’exclu ou de celui qui s’est retiré, mais seulement à cause de la politique que l’organisation conçoit pour eux. Cela est évident au regard du changement d’attitude immédiat des Témoins du monde entier, après la parution des articles de la Tour de Garde du 1er août 1974, qui tempérèrent grandement l’attitude que devait avoir les membres d’une famille à l’encontre d’un parent exclu. L’information fut reçue avec gratitude par les familles de Témoins. Puis, en 1981, la politique de dureté fut réinstallée. Les membres des familles exclus furent de nouveau soumis à une grande froideur, parfois même totalement coupés des leurs.
(C’est moi qui écrivit les articles modérés de 1974, sous la direction du Collège Central. Un de mes neveux, qui avait été exclu, et à qui ses parents n’avaient pas parlé depuis des années, fut contacté par eux comme conséquence directe de ces articles, et peu de temps après réintégré. Encore aujourd’hui, à cause du renversement de politique, il se sent probablement obligé de ne pas me parler. Quant à moi, je suis tout simplement heureux que ma sœur, maintenant veuve, fréquente, et reçoit de l’aide du seul fils qui lui reste.)
Si, aujourd’hui, cette politique redevenait « officiellement » modérée, la plupart des Témoins renoueraient immédiatement les liens familiaux, particulièrement dans les cas où la seule raison du rejet d’un membre de leur famille est que lui ou elle est simplement dans un « état » d’exclusion, et non parce que sa conduite présente les a conduit à le considérer comme un « démon » ou une personne « corrompue ». Je ne peux pas penser que la famille d’Annette Stuart croit réellement que sa grand-mère, maintenant âgée de 80 ans soit ainsi. Je pense également que dans la grande majorité des cas, les Témoins ne veulent pas adopter la position rigide qu’ils sont obligés de prendre, ni qu’ils ne sont convaincus de l’exactitude de celle-ci. Si cela leur est imposé par l’autorité religieuse, alors la responsabilité de la division familiale en revient à cette autorité.
La souffrance émotionnelle produite est incalculable. Dans le cas d’une femme exclue du Massachussetts, sa mère, qui vivait dans le Maine, devint gravement malade et mourut (dans le milieu des années 1980). Bien que connaissant l’adresse de sa fille, ni les membres Témoins de sa famille, ni les anciens ne l’informèrent de la maladie de sa mère, de son décès et de ses funérailles. Elle fut seulement avertie après que sa mère eut été enterrée. Elle raconta que l’angoisse écrasante qu’elle a ressentie de ne pas avoir pu voir sa mère décédée ou d’avoir eu l’opportunité de lui exprimer ou d’essayer de lui exprimer simplement son amour, la poursuit toujours. Comment quelque chose de semblable peut-il s’harmoniser avec la personnalité d’un Dieu plein d’amour et de son Fils compatissant ? Comment quelqu’un peut-il se sentir attiré par un système qui contribue à de telles actions ?
L’application inflexible de la loi de l’organisation
La manière avec laquelle les anciens appliquent les principes de la WT montre clairement qu’ils les considèrent vraiment comme une loi. L’attitude inflexible produite – ou tout au moins tolérée – par le siège central de l’organisation, fait que les anciens ne considèrent ni les circonstances, l’âge, la santé, le temps passé dans l’organisation, ni les facteurs impliqués dans la nécessité d’une totale conformité à toutes les règles de l’organisation, à l’entière acceptation de tous ses enseignements.
L’exemple de ce qui est arrivé à un Témoin du Maine, David Haynes, qui dirigeait un service d’alarme de sécurité, témoigne de la rigidité insensée si souvent mise en scène. Au début des années 1970 et sur une période de plusieurs années, son activité l’amenait à installer des systèmes d’alarme anti-feu et anti-vol, parfois dans des églises et des écoles religieuses. Puis, en 1980, il reçut une convocation pour rencontrer un comité de la congrégation, formé de trois anciens, Spear, Maddock et Wentworth.
Ils l’informèrent qu’il ne pouvait pas continuer plus longtemps à faire des telles installations dans des bâtiments religieux, sinon, il serait passible d’exclusion. Il accepta d’arrêter. Plus tard, les anciens l’informèrent qu’il devait aussi arrêter les services en rapport avec les systèmes déjà installés. Il leur répondit qu’il voulait bien accepter et s’organiser avec son chef de service (non Témoin) pour qu’il aille sur son temps libre (par exemple un samedi) faire un tel service, à condition aussi que cet homme reçoive tous les dédommagements prévus.
Même cette façon de procéder n’était pas satisfaisante pour les anciens, notamment parce que les systèmes étaient reliés à un moniteur central à son bureau.
Les anciens l’informèrent qu’il ne pouvait pas plus longtemps administrer les systèmes installés dans ces églises et écoles religieuses sans mettre en danger sa position dans la congrégation. Il proposa de voir s’il pouvait transférer le serveur à un autre bureau de service d’alarme, bien que cela puisse prendre du temps. Il se vit octroyer un délai. Plusieurs changements d’équipement eurent lieu dans le même temps dans son entreprise, il ne put donc tenir les délais. Il demanda une rallonge, disant aux anciens qu’il ne pouvait porter du tort à son activité par des coupures de service péremptoires à ses clients. Ils lui octroyèrent un mois supplémentaire. Quand le moment arriva, alors qu’il n’avait pas encore effectué le transfert dans les temps, bien qu’il les suppliât littéralement en leur demandant de la considération et de la longanimité, il fut exclu. Il fit appel de la décision du ‘comité judiciaire’ local et lors du ‘comité d’appel’, il raisonna avec eux, leur citant l’exemple de ceux qui travaillaient à la compagnie d’électricité et de ceux qui installaient des lignes et des services téléphoniques dans les églises.
(Pour les appels, les comités d’appel sont généralement sélectionnés et nommés directement par Brooklyn)
La réponse fut qu’il n’avait pas donné son service d’alarme et qu’en conséquence, ils soutenaient la décision d’exclusion.
Les anciens ne se sont sans doute jamais posés la question de savoir si ce harcèlement légaliste avait réellement du sens, ou combien il ressemblait au point de vue critiqué des Pharisiens qui condamnaient les disciples parce qu’ils ramassaient et mangeaient quelques grains de blé le jour du sabbat. Ils étaient complètement obnubilés par la pensée qu’ils devaient être « fidèles à l’organisation ».
Le cas de George West en 1982, ancien dans la congrégation des Témoins de Jéhovah de Maynard dans le Massachussetts, bien que de nature différente, illustre la même attitude. Il développa un cancer des os et son état se détériora au point de nécessité une hospitalisation en phase terminale. Sa tête devait être posée dans une cabine aménagée car les os de son cou ne pouvaient en supporter le poids.
Les anciens locaux avaient entendu dire que George West avait subi une transfusion de sang et firent plusieurs tentatives pour essayer de lui parler, en dépit de sa condition extrême, et contre la volonté de sa femme. Finalement, un soir ils obtinrent l’autorisation de voir son mari, et après l’avoir interrogé, ils surent qu’il avait accepté une transfusion. Ses raisons ? Ses enfants d’un précédent mariage avaient appris qu’il était mourant, et l’avaient appelé pour lui faire savoir qu’ils voulaient venir du Midwest pour lui rendre visite à l’hôpital. Il ne les avait pas vus depuis leur enfance. Il décida d’accepter la transfusion pour allonger sa vie un petit moment, de manière à être réuni avec ses enfants.
{Ces faits sont rapportés dans une lettre imprimée dans les colonnes de l’éditorial du ‘Concord Monitor du 8 décembre 1984. personne n’a pu ou ne peut les réfuter]
Les anciens exclurent George West seulement quelques jours avant qu’il ne meure.
Là encore, quelle sorte de mentalité faut-il avoir pour dire que de telles actions envers un homme sur son lit de mort soit le reflet du christianisme, ou par quel raisonnement sensé peuvent-ils imaginer que cela contribue à garder une « congrégation pure » ? Le seul effet concret fut que cet homme n’eut pas le droit à un service funèbre célébré par des Témoins. De plus, pour la plupart des Témoins, le fait d’être mort dans un « état d’exclu », le qualifie d’indigne d’une résurrection, étant décédé en dehors de la congrégation. Plutôt que de la pureté, une telle action produit plutôt une tache de déshonneur, car c’est une action qui reflète fortement une attitude insensible, plus représentative du Pharisianisme, avec son besoin intense d’une religion « pure », que du christianisme. C’est comme si les représentants de l’organisation s’étaient rendus coupables de négligence s’ils avaient permis à cet homme de mourir sans avoir le label de l’exclusion apposé sur son corps handicapé par la maladie.
La question est de nouveau posée à juste titre, qui porte en premier la responsabilité de l’attitude produite par de telles actions ? Bien qu’à l’évidence, l’esprit démontré dans les différents collèges d’anciens varie généralement, la responsabilité de l’attitude rigide, sans pitié, montrée dans de tels cas, ne peut pas faire passer ce qui est relaté comme des cas particuliers spécifiques aux anciens incriminés. La fréquence et la nature générale de cette rigidité désignent une source centrale.
Depuis que toutes les exclusions sont rapportées au siège central de l’organisation on n’ignore pas ce qui se passe. Cela est illustré par le cas pathétique de Percy Harding, car il eut lieu pratiquement au seuil du siège central international.
En 1910, alors qu’il avait environ vingt ans, Percy, natif de l’Ouest du Canada, commença à lire les écrits du Pasteur Russell, en six mois il en avait lu 3000 pages. Il démissionna de l’église protestante dont il était membre, et se retrouva totalement seul dans sa nouvelle croyance parmi les habitants de sa ville. Il commença à « rendre témoignage » forma deux groupes dans la région et procéda à des baptêmes dans une rivière proche. Il écrit :
En 1981, j’ai quitté un bon emploi pour devenir pionnier. Mon territoire couvrait des centaines de kilomètres carrés, principalement le long des voies de chemins de fer, du Sud Est d’Alberta à la côte Pacifique. Je couvrais le territoire à pied, portant deux petits sacs de livres. Parfois, je parcourais 15 à 25 miles par jour.
Après sept années de cette activité, le 25 mai 1925, il arriva à Brooklyn, New York, pour servir au siège central de la WT. Après environ quatre ans, l’attitude développée sous la présidence de Rutherford, et la conduite de certains surveillants laissa Percy désillusionné. Il termina son travail au siège central en 1929.
Malgré tout, il continua à être actif dans la même congrégation de Brooklyn durant les cinquante six années suivantes. Puis voici ce qui arriva, il écrit :
De mai 1925 à décembre 1981, je suis resté dans la même congrégation jusqu’à ce que je sois exclu pour avoir parlé de la Parole de Dieu avec quelques uns de mes amis. C’était incroyable et dans la mesure où la société était concernée, quelque chose de honteux. Le comité judiciaire possédait une lettre d’un collège d’anciens d’une autre congrégation. Ils avaient exclus un de mes amis. Ils l’avaient interrogé longuement sur d’autres personnes avec qui il avait parlé de la Bible. Il avait fini par céder et leur avait mentionné mon nom parmi d’autres. Aussi cette lettre des anciens renfermant des choses que moi et les autres avions dites, me fut présentée, on me demanda de la commenter. Je prévins le comité que je n’avais rien à leur dire, que ce qui se disait entre mes amis et moi était strictement privé et que cela ne regardait personne d’autre. Ils me promirent une copie de la lettre, mais je ne la reçus jamais. Puis ils commencèrent à me poser des questions, la plus importante étant : « Crois-tu que la société est l’organisation de Dieu et qu’elle propage la vérité ? » Je répondis : « Il n’y a rien dans la Parole de Dieu qui indique que Dieu ait besoin d’une organisation pour propager la vérité. Depuis Moïse, en passant par les prophètes, jusqu’à Jean et la Révélation, ce fut toujours à titre individuel. »
Il y eu trois réunions de comité, la dernière ayant lieu au Béthel. Le soir où je fus exclu, Harry Peloyan (un membre du Béthel de longue date du service de rédaction de la WT) fit un discours à la Salle du Royaume, apportant une charge qui n’était même pas mentionnée dans les réunions de comité, à savoir que j’avais perturbé l’unité de la congrégation. Il fit un mauvais usage de 2 Jean 10, 11 en demandant à 175 personnes de ne plus me parler. Après la réunion, tout le monde sortit, passant devant moi comme si j’étais un lépreux.
Percy était âgé de 91 ans et en mauvaise santé. Que certains puissent considérer sa compréhension des Ecritures comme correcte ou fausse, les faits témoignent que l’issue est due non aux perturbations qu’il aurait causées, ce la était évident pour la congrégation, mais à cause de conversations privées entre amis, personne dans la congrégation ne s’est plaint de lui comme étant un « agitateur », le problème est venu d’une lettre d’une autre congrégation dont les anciens ont commencé des investigations et des interrogations sur des remarques privées concernant des sujets bibliques entre amis. (Comparez avec les accusations contre l’apôtre Paul et sa défense en Actes 24/5-13). Lors d’un voyage dans le Nord Est en 1982, je rendis visite à Percy dans la 6ème rue à Brooklyn. Il était assis, semblant minuscule dans son grand fauteuil, un homme petit, à l’apparence frêle visiblement affaibli par l’âge et la maladie.
Je me suis demandé avec quelle étroitesse d’esprit quelqu’un avait pu voir en cet homme, qui n’avait aucune position ou influence particulières, un tel danger, en dépit de ses soixante dix ans dans l’organisation, pour qu’il soit jugé nécessaire qu’il soit exclu et coupé de sa vie associative. Je pense qu’une association ne doit pas être très sûre d’elle-même, qu’elle doit se sentir très vulnérable pour considérer un tel homme âgé, frêle comme une menace. Concernant l’effet que son exclusion a eu sur sa situation personnelle, il écrit :
Avant cela, deux infirmières (Témoins) me visitaient presque chaque semaine. Elles faisaient pour moi ce que j’étais incapable de faire, et plus important, je pouvais leur téléphoner si j’avais besoin d’elles. Alors que j’allais avoir 92ans le 18 août, qui appeler pour une urgence? Après avoir été exclu, j’appelai une des deux infirmières. Son mari me répondit au téléphone et me dit : « Anne n’est pas autorisée à te parler ». Laissez-moi vous rappeler que la seule chose que les anciens avaient à me reprocher, c’est d’avoir parlé de la Bible avec mes amis.
Dans mes conversations avec Percy j’ai rencontré un homme au franc parlé. Il peut avoir été assez tranchant dans ses discussions avec les anciens qui l’ont jugé. Mais même s’il avait été plus que tranchant – s’il avait été caustique, même hargneux – comment est-il possible de justifier l’exclusion d’un homme de 91 ans, seul, malade, sans parenté à plus de centaines de kilomètres, en rayant d’un trait ses soixante dix années d’activité dans l’organisation, le condamnant à être ignoré et oublié ? Quel crime haineux a-t-il commis qui puisse justifier une telle action ? Je pense qu’il est difficile de comprendre comment quelqu’un se disant disciple du vrai Berger du troupeau, Jésus Christ, peut être complice d’une telle action, pour moi, il ne mérite pas moins que la dénomination de ‘sans cœur’. De plus, comme je l’ai déjà dit, cela a eu lieu au seuil même du siège mondial de la Société Watch Tower.
Percy est maintenant décédé, il est mort pendant son sommeil le 3 février 1984. Pendant les vingt cinq mois qui ont suivi son exclusion, pas une seule personne de la congrégation à laquelle il avait été associé pendant 56 ans, n’est venue le voir ou ne s’est inquiétée de ses besoins.
Le péché ultime : Le désaccord avec l’organisation
Le cas de Percy Harding illustre aussi très bien l’insistance de l’organisation à la totale acceptation de tous ses enseignements. Dans Crise de Conscience, (pages 328, 329) les citations des représentants de la Watch Tower sont ainsi cités :
Si quelqu’un ne veut pas vivre selon nos principes, il est libre de s’en aller. Il n’y a pas ici de contrainte, pas de harcèlement physique ou émotionnel….Le siège central ne donne pas d’ordre. {Walter Graham de la filiale du Canada, dans le journal de Toronto].
Nous ne sommes pas des policiers spirituels… Nous n’essayons pas d’étouffer quiconque dans ses opinions. {Samuel Herd, surveillant itinérant, dans le Chicago Tribune].
Si quelqu’un ne veut pas rester, il est libre de partir….Je ne peux pas comprendre pourquoi ceux qui ne sont pas d’accord ne s’en vont pas tranquillement. {Robert Balzar des Relations Publiques du siège central de la WT]
Je suis certain que ces hommes savent que le tableau qu’ils dépeignent n’est pas en accord avec la réalité. Car ils savent très bien ce qui arrive quand un Témoin de Jéhovah fait des efforts pour « partir tranquillement ». La situation actuelle est semblable à celle d’un soldat qui se tiendrait face à son officier de commandement et lui dirait : « Monsieur, sur la base de ma conscience, j’ai décidé de partir, et je voulais juste vous faire savoir que je partirai tranquillement, sans perturber d’aucune façon les troupes ». A moins qu’il ne se rétracte rapidement, les conséquences que le soldat devrait affronter – le renvoi dans le déshonneur ou, en temps de guère, la mort par un peloton d’exécution – sont semblables dans le domaine spirituel, à ce à quoi les Témoins de Jéhovah doivent faire face.
Ceux qui pensent à « se retirer tranquillement » savent qu’ils ont une épée au-dessus de la tête, l’arme étant d’être traité officiellement « d’exclu » (ou de ‘retiré’ ce qui est la même chose, produisant les mêmes résultats , mais sous un nom différent). Bien que pas physiquement placé devant un peloton d’exécution, chaque Témoin qui essaie de quitter l’organisation pour motifs de conscience, peut le faire avec le risque d’être traité d’hérétique, avec l’impossibilité pour les vrais chrétiens de le fréquenter, certains membres de sa famille le traitant comme un « proscrit ». Les règles de l’organisation ne rendent pas possible le départ dans l’honneur. Seule une personne dénouée de sentiments humains peut penser qu’il n’y a pas de « harcèlement émotionnel » en jeu.
Cette situation est devenue particulièrement évidente depuis 1980. A la suite de l’exclusion de quelques membres du siège central, pour ne pas avoir accepté les enseignements de la Watch Tower, et aussi ma démission du Collège Central, la direction maintenant prise par l’organisation était démontrée dans une lettre, datée du 1er septembre 1980, à ses itinérants. Cette lettre expliquait clairement que celui qui persistait à – non pas à parler de – mais simplement à croire à quelque chose de différent de ce que la ‘classe de l’esclave’ stipulait, constituait de l’apostasie et pouvait conduire à l’exclusion. Alors qu’il était demandé aux anciens d’être « discrets et bienveillants » dans leur enquête auprès des croyances personnelles des membres, nous avons vu, dans le cas de Percy Harding, et d’autres cas déjà cités, ce que ces directives ont produit pour ce qui est « d’enquêtes discrètes et bienveillantes ». La lettre a ouvert la voie à des hommes inclinés vers le dogmatisme et l’intolérance, pour laisser éclater leur nature dans leurs relations avec le troupeau et à amener des hommes à agir d’une manière insensible. Des questions simples résultant d’un manque de connaissance sont permises et même bienvenues. Mais quand les questions qui sont posées sont le résultat de d’investigations sérieuses, de pensées cultivées, et qu’elles mettent en cause les enseignements de l’organisation, la méthode accablante consiste à attaquer le questionneur et ses motifs plutôt que la question.
Ce qui s’est déjà passé au siège central de Brooklyn, documenté dans Crise de Conscience, illustre dans quelle mesure les qualités de bienveillance et de discrétion sont déployées et combien ces expressions sont vides de sens. L’exemple du siège central s’est par la suite reflété dans tous les Etats-Unis et dans beaucoup d’autres pays. L’objectif a été de créer une atmosphère stérile, où les enseignements et la politique de l’organisation peuvent circuler librement sans risque d’être confrontés à des problèmes sérieux ou d’avoir à surmonter des objections scripturales ou des positions adverses. Est-ce exagéré ? Considérez juste quelques autres exemples typiques :
Dans Crise de Conscience, j’ai relaté l’exclusion de frère Dunlap, après cinquante ans passés dans l’organisation, la plupart au « service du Béthel », il fut littéralement « mis à la rue » à presque 70 ans, exclu pour avoir exprimé des points de vue, entre amis, qui n’étaient pas en conformité avec les enseignements de l’organisation. J’ai mentionné son retour à sa ville natale, Oklahoma City, pour reprendre son premier métier de poseur de papier peint avec son frère, Marion. Qu’en résulta-t-il ?
Marion Dunlap était alors le « surveillant de ville » nommé pour les quelques congrégations d’Oklahoma City. Il était Témoin depuis presque cinquante ans, toujours très actif dans le service du champ et la participation aux réunions. Quand il se proposa pour loger et faire travailler son frère exclu de soixante dix ans, Marion lui-même fut soumis à investigation.
Quelque temps plus tard, il fut exclu et en moins d’un an, cinq autres membres de la famille Dunlap furent exclus. Personne ne fut accusé de mauvaises actions d’aucune sorte. Ils ne s’étaient pas engager dans une campagne de protestation ou n’avaient semé du trouble. Ils s’étaient simplement laissés guidés, par motif de conscience, par la Parole de Dieu, plutôt que par la parole faillible d’hommes ou d’organisations.
Un autre Témoin, un professeur de l’Université de l’Etat d’Oklahoma, s’exprima en disant que c’était une honte que quelqu’un qui avait les capacités d’enseignement de Ed Dunlap ne puisse pas avoir un débouché pour cette capacité. Il s’arrangea à l’aider pour que Ed puisse donner quelques cours à l’Université. Il fit l’objet d’un examen rigoureux de la part des anciens et fut lui aussi bientôt exclu.
Il est vrai que dans certains cas, ceux qui sont impliqués, prennent sur eux de ne pas arrêter l’assistance assidue aux réunions, ceci reflétant leur désir de ne pas cesser les relations amicales ou les conversations qu’ils peuvent avoir avec leurs anciens compagnons, Témoins de Jéhovah. En aucune façon, ils ne rejettent de telles personnes ou n’ont de sentiments négatifs à leur égard. La « coupure totale » des relations d’amitié provient uniquement des actions agressives des anciens.
Le zèle inhabituel montré par las anciens quand ils poursuivent un cas suspect de tendance à la dissidence est illustré par ce qui est arrivé dans une petite ville du Mississipi, appelée Dancy, si petite, qu’elle n’apparaît pas sur la plupart des cartes. C’est là que vivait la famille Walker, en 1940, la mère et plus tard trois de ses filles devinrent Témoins de Jéhovah. (Avec le temps, la Salle du Royaume fut construite de l’autre côté de la route où se trouvait la maison des Walker, le terrain ayant été donné par Ray Phillips, le mari de l’une des filles, qui était aussi le constructeur de la Salle).
Sue Walker, une des trois filles, devint « pionnière » et plus tard diplômée de l’école des missionnaires de la Watch Tower, Guiléad. Elle passa douze années dans le service missionnaire en Bolivie dans des conditions difficiles. Dans une de ses affectations, une ville au bord de la jungle appelée Trinidad, elle et sa compagne se trouvaient totalement séparées des autres Témoins. La ville, en basse altitude, était inondée à certaines époques et le seul moyen de se déplacer était par petits bateaux. (Sue se rappelle d’une femme avec qui elle étudiait la Bible qui gardait toujours à ses côtés un bâton. Elle se demandait pourquoi, jusqu’au jour où un serpent sortit de l’eau et vint sur la véranda et la femme, calmement prit le bâton et renvoya le serpent dans l’eau. Sue et sa compagne continuèrent leur mission en mauvaise santé et avec une alimentation pauvre pendant des années.
En 1962, Sue fut transférée de Bolivie en République Dominicaine où nous étions ma femme et moi. L’époque était troublée à ce moment là, pendant la révolution de 1965, qui fut d’une grande ampleur, Sue dut, plus d’une fois, se mettre à l’abri des coups de feu quand elle rentrait chez elle après avoir conduit une étude de la Bible. Bien qu’elle eût des problèmes de santé après avoir passé douze ans dans le service en Bolivie, elle passa treize autres années en République Dominicaine. Après avoir passé en tout, vingt-cinq ans dans le service missionnaire, Sue sentit qu’il était de son devoir de retourner à Dancy, dans le Mississipi, pour s’occuper de ses parents âgés (maintenant octogénaires). Bien qu’à son retour, elle continuât à être ‘pionnière’, elle fut peinée de constater que certains Témoins locaux considéraient qu’elle avait « abandonnée sa mission ». Des rumeurs circulaient même, disant qu’elle avait été renvoyée par la Société pour mauvaise conduite, ce qui était totalement faux.
Je trouve qu’il est difficile, connaissant Sue Walker, qu’on puisse parler d’elle de cette façon. Etant à la fois surveillant de filiale de Porto Rico et de la République Dominicaine, j’ai eu des contacts avec plusieurs centaines de missionnaires. D’eux tous, pas un n’a eu de motif de plainte contre Sue. D’humeur égale, pas facilement contrariée, elle faisait son travail tranquillement, sans se plaindre. Peu de missionnaires ont lu la Bible aussi souvent qu’elle. Ceci, combiné avec l’expérience des nombreuses années passées dans plusieurs pays, l’a amenée à voir à quel degré l’organisation a manqué de refléter le véritable esprit chrétien, ce qui a éventuellement remis en cause sa conviction que l’organisation est l’unique canal de Dieu et son instrument choisi. Ses sœurs en étaient arrivées à une conclusion similaire. Ce qui suit illustre de manière tout à fait réaliste (ou pittoresque) la façon dont le programme de « gardiennage du troupeau » de l’organisation fonctionne si souvent quand les anciens voient les membres « s’éloigner » du troupeau.
La première à attirer leur attention fut la nièce de Sue, également appelée Sue (Phillips). Convaincue que les enseignements de la Société ne représentaient pas avec exactitude la bonne nouvelle du premier siècle, elle a cessé tranquillement d’assister aux réunions. Un surveillant de district, un surveillant de circonscription, un ancien local, lui ont rendu visite, la questionnant pendant environ une heure sur les raisons de son manque d’assiduité aux réunions. Elle expliqua ses sentiments, disant qu’elle avait fait une étude personnelle des Ecritures et qu’elle ne pouvait pas plus longtemps, en toute conscience, soutenir certaines des croyances de l’organisation. Elle mentionna, entre autres choses, l’aspect restrictif de la médiation de Christ au profit d’une classe spéciale et l’impression produite que le salut était gagné au travers d’efforts personnels. Comme cela se produit dans des milliers de situations semblables, la manière de régler ce genre de question est de se focaliser, non sur les Ecritures, mais sur « l’organisation ». L’ancien local lui demanda alors : « Où as-tu appris tout ce que tu connais sur les desseins de Dieu ? – la réponse attendue habituelle étant, « de l’organisation de Dieu ». Mais Sue répondit : « de la Bible ». Ils lui assurèrent qu’ils étudiaient plus qu’elle ne l’avait fait et qu’ils étaient nommés par l’organisation.
Ce fut l’essentiel de leur conseil, avec une insistance particulière sur l’importance de l’organisation, puis ils partirent aussitôt.
Quelques semaines après la « visite pastorale », Sue revint d’un voyage et trouva une notification lui demandant de se présenter à un comité judiciaire ce jour même 3 janvier 1982. Elle était arrivée à la maison sérieusement malade et dut rentrer à l’hôpital ce même jour. Il se passa douze jours avant qu’elle ne se remette suffisamment pour quitter l’hôpital. Durant tout ce temps, aucun des Témoins locaux ne lui rendit visite, bien que deux femmes Témoins aient téléphoné à sa mère pour s’enquérir de ses nouvelles. Pendant les douze jours de son hospitalisation, les « bergers » de la congrégation adoptèrent la ligne de conduite de ceux dont il est dit dans la parabole : « J’étais malade…et vous ne m’avez pas visité » (Math 25/43).
Sue rentra chez elle un vendredi. Exactement deux jours après avoir quitté l’hôpital, le dimanche, un Témoin local lui téléphona pour fixer une nouvelle date pour un entretien judiciaire. Elle l’informa qu’elle n’avait pas l’intention de se rendre à cet entretien, alors qu’elle venait juste de quitter l’hôpital, et qu’elle ne se sentait pas encore bien. L’ancien lui mentionna qu’il avait entendu parler de son hospitalisation et lui dit qu’il était désolé d’entendre qu’elle avait été malade. Il continua en disant que si elle ne pouvait pas assister à l’entretien, alors, « Nous devons agir. » Sue répliqua, « Bien, je suppose que vous ferez tout ce que vous voulez faire ». Sa réponse, plutôt vive et assez catégorique fut, « Nous ferons ce que l’organisation nous dira de faire ».
Trois jours plus tard, Sue écrivit une lettre à la congrégation et à ceux qu’elle connaissait bien. Elle y inclut ces déclarations :
Depuis maintenant un an, j’ai lu et étudié la Parole de Dieu avec beaucoup de zèle Jamais dans ma vie, je n’avais consacré autant de temps, de réflexion et de prière à l’étude de la Bible. Ce que j’ai commencé à apprendre et à voir a changé le cours de ma vie. J’ai pris ces décisions après avoir beaucoup étudié, réfléchi et prié.
Ce n’était pas des décisions prises du jour au lendemain. J’aime Jéhovah et Jésus Christ profondément et je ne voudrais pas faire quoi que ce soit qui leur déplaise. Je soutiens de tout mon cœur la voie du Christianisme comme la meilleure qui soit, la vie la plus enrichissante. Je ne veux pas pour moi d’autre style de vie. J’accepte la Bible comme la Parole inspirée de Dieu et le livre qui guide ma vie. Pour moi, la bonne nouvelle au sujet de Jésus Christ, ce qu’il a fait pour l’humanité, et ce que cela signifiera pour tous ceux qui exercent la foi en lui constitue la nouvelle la plus merveilleuse, la plus passionnante qui soit. Pour tout chrétien, la loyauté envers Jéhovah Dieu, Jésus Christ, la Bible, la bonne nouvelle et le chemin du christianisme doit être prioritaire sur toute autre chose. Ma loyauté et mon soutien absolu vont vers tout cela. Après des mois et des mois d’étude de la Bible et beaucoup de prières, j’en suis venue à la conclusion que les choses auxquelles je croyais autrefois n’étaient tout simplement pas scripturales. En tant que chrétienne, j’ai vu que des changements devaient être faits, il y avait simplement des choses auxquelles je ne pouvais plus adhérer plus longtemps.
Quelques jours après avoir reçu sa lettre, les anciens annoncèrent à la congrégation des Témoins de Jéhovah de Mantee (qui est à Dancy), que Sue Philipps avait été exclue « pour conduite indigne d’une chrétienne » {Ceci est une expression standard, laissée volontairement vague pour éviter des problèmes légaux}. Une note à cet effet, signée seulement « Congrégation de Mantee » lui fut adressée chez elle.
En tout, les anciens locaux et les surveillants itinérants dans leurs « efforts pour garder le troupeau » ont passé approximativement une heure et demie avec une jeune femme qui avait été élevée depuis son enfance comme Témoin. Ils ont sans doute pensé qu’ils avaient accompli les ‘efforts prolongés et bienveillants’ auxquels font allusion les directives du siège central de la WT. Apparemment, la claire évidence que sa lettre donnait du profond respect qu’elle avait pour les Ecritures, et de son désir sincère de plaire à Dieu, n’a pas justifié que les anciens fassent preuve de tolérance, ni qu’ils aient eu de bonnes raisons de se montrer patients, ou même peut-être, de penser qu’une approche calme, gentille, non conflictuelle, leur auraient permis de répondre à ses questions. Il n’y eut pas de temps perdu dans l’annonce officielle qu’elle n’était plus digne de faire partie des membres de la congrégation.
C’est une pratique fréquente employée dans les publications de la Watch Tower de laisser croire que ceux qui ne sont pas en accord avec l’organisations ont motivés par des sentiments négatifs comme l’orgueil, la rébellion ou le désir d’échapper à l’activité du porte à porte, à cause d’un manque d’humilité, et chefs de condamnation semblables. Je ne doute pas qu’il y ait quelques individus de cette sorte. Mais je sais aussi que cela s’est avéré sans fondement cas après cas. C’était manifestement faux dans le cas de la tante de Sue Philipps, l’ancienne missionnaire Sue Walker. Dans ses plus de quarante années de service, sans l’ombre d’un doute, elle s’est dépensée plus, a fait plus d’heures en allant de porte en porte que n’importe qui dans la région, y compris les anciens et les surveillants itinérants. De retour de son service missionnaire, elle a continué à avoir une part active dans la congrégation de Mantee, assistant régulièrement aux réunions, activement engagée dans le témoignage et conduisant des études bibliques aux domiciles des personnes intéressées. Au regard de ce qui venait de se passer avec sa nièce, elle sentit qu’elle avait atteint une étape et qu’il fallait prendre une décision. Comme elle le dit à sa nièce : « Je suis la prochaine qu’ils vont venir voir ». Aussi écrivit-elle une lettre de démission et, le dimanche, sortit de chez elle, traversa la rue jusqu’à la Salle du Royaume, et en remit une, en main propre, à chacun des anciens.
Sue Walker avait alors 63 ans. Elle avait été Témoin pendant quarante deux ans, dont trente cinq ans dans le service à plein temps, y compris vingt cinq comme missionnaire dans les pays étrangers. Elle avait renoncé au mariage et à avoir des enfants, avait enduré beaucoup de privations, avait travaillé dans des régions primitives, avait recherché sans arrêt à vivre une vie en pleine harmonie avec les principes bibliques. N’aurait-il pas été normal de chercher à retenir une telle personne dans une congrégation, de sentir que ce serait une perte définitive de ne plus jouir de sa compagnie et de son exemple ? Si on pensait que les croyances des Témoins de Jéhovah étaient effectivement fondées et basées solidement sur les Ecritures, on devrait être incité à faire tous les efforts possibles pour au moins, maintenir le contact avec une telle personne dans l’espoir d’éventuellement concilier les différences ? Je pense qu’il devrait en être ainsi. Mais les anciens disciplinés par l’organisation ne le pensent pas ; après avoir reçu sa lettre, ils ne firent aucun effort pour discuter avec elle de son contenu, annoncèrent ponctuellement son « retrait » officiel, et, en raison de la politique de l’organisation, à partir de ce moment là, Sue Walker devint inexistante pour les membres de la congrégation, une personne à qui l’on ne devait pas parler, ni fréquenter.
Ce qui est remarquable, c’est que Sue Walker continua d’aider sa mère âgée, à traverser la rue jusqu’à la Salle du Royaume, quand celle-ci le souhaitait, s’asseyant tranquillement avec sa mère pendant les réunions, bien que sa présence ne soit pas reconnue par ceux qui étaient présents, avec un manque total de considération pour sa mère qui était restée Témoin. Quand la santé de sa mère lui posait parfois des difficultés pour assister aux réunions, elle ne reçut que rarement la visite des membres de la congrégation, en raison de sa réticence à cesser tout contact avec sa fille « retirée ». L’opinion de sa mère sur l’organisation changea, et quand son mari (qui n’était pas Témoin) mourut, elle se joignit à ses filles pour me demander de faire le voyage pour conduire les funérailles. Avant qu’elle-même ne meure, elle me demanda également de conduire ses propres funérailles. Dans une petite communauté rurale, où chacun se connaît, la centaine de personnes qui vint à son enterrement n’a pu s’empêcher de se demander et de remarquer que, bien que leur voisine, Madame Walker, qui n’avait pas été exclue, ni n’avait demandé son « retrait », pas un seul Témoin, avec qui elle avait servi Dieu pendant plus de quarante ans, n’était présent. Les méthodes de l’organisation, et non les sentiments personnels, les avaient tenus à l’écart.
Ce qui suivit l’annonce du « retrait » de Sue Walker serait plutôt, et même d’avantage révélateur de l’esprit entretenu dans l’organisation. Quelques mois plus tôt, sa sœur aînée et son mari (parents de Sue Phillips) ont déménagé de la région de Dancy pour la région côtière du Golf du Mississipi. En raison des conclusions auxquelles leur conscience les avaient amenés au sujet de l’organisation, et désireux d’éviter les conséquences probables qui en découleraient, ils ne donnèrent pas intentionnellement leur future adresse aux anciens de Mantee, et en arrivant dans leur nouvelle location à Long Beach, ils restèrent volontairement ‘incognito’ aux regards de la congrégation locale. Ils espéraient ainsi se retirer tranquillement, en évitant les interrogations conflictuelles et les procédés judiciaires déplaisants.
Quelle ne fut pas leur surprise quand, peu de temps après que leur fille ait été exclue, deux anciens de la congrégation de Long Beach, Mississipi, qui leur étaient totalement étrangers, se présentèrent à leur porte, à l’improviste, sans s’être annoncés. On pouvait seulement supposer comment ces hommes avaient pu les connaître, mais les anciens firent clairement savoir que c’était une suite de l’action judiciaire qui avait eu lieu à des centaines de kilomètres de là au sujet de leur fille. Les efforts des anciens « bergers du troupeau » consistèrent à questionner Ray et Lulu Phillips sur leurs croyances, leur demandant s’ils ressentaient la même chose que leur fille. Ils répondirent par l’affirmative. Quelques jours plus tard, arriva une lettre les convoquant à un comité judiciaire. Ils ne désiraient pas supporter cette expérience et le dirent. Ils furent tous les deux exclus.
Cela démontre comment il est possible pour quiconque de « quitter tranquillement », comme les représentants de la société, y compris Robert Balzer du siège central de Brooklyn, le prétendent. La déclaration qu’une telle action des anciens soit nécessaire pour « garder la pureté de la congrégation » semble spécialement fausse, au vu de ce couple, vers la fin de leur soixantaine, dans ses efforts pour partir tranquillement, sans se faire remarquer, et qui n’avait aucune relation avec une quelconque congrégation quand cela s’est produit.
La troisième des filles Témoin de Mme Walker, Lavenia, une personne aux manières très douces, vivait alors à New Orléans en Louisiane. A son arrivée, Lavenia assista à quelques réunions de la Salle du Royaume locale, mais, comme sa sœur Lulu, elle décida de se retirer discrètement. Au même moment que sa sœur du Mississipi était « scrutée », elle reçut la visite d’un ancien local accompagné d’un surveillant de circonscription, venus se renseigner sur son manque d’assistance aux réunions. Elle expliqua pourquoi elle n’y assistait pas. Personne ne peut contester le comportement de ces hommes dans l’intérêt qu’ils lui ont témoigné ou – croyant comme ils l’ont dit que son bien-être spirituel était en danger – dans leurs efforts pour l’encourager à assister à leurs réunions. Cet intérêt est certainement compréhensible voire même louable. Ce qu’ils ont positivement fait, par contre, laisse vraiment perplexe. En entendant son explication sur le pourquoi de sa non-assistance aux réunions, le surveillant de circonscription écrivit un petit compte-rendu et lui dit que si elle n’avait pas prévu d’y assister plus longtemps (comme le libellé du mot l’indiquait) elle pouvait simplement signer. Ce qu’elle fit. Le résultat ? Elle était maintenant considérée comme « retirée » officiellement, considérée de la même façon que si elle avait commis un acte appelant l’excommunication, personne ne devant plus lui parler ni la fréquenter. Les efforts des bergers décrits dans les publications de la WT comme des marques d’amour prolongées pour « rajuster » et rétablir la brebis égarée avait duré tout au plus une heure. Lavenia avait pourtant été Témoin pendant quelques trente années.
En tout, le temps passé dans l’organisation des Témoins par ces cinq membres de la même famille, totalise environ 200 ans. Le temps passé par les anciens dans leurs supposés efforts pour « les rétablir dans le troupeau » compte au plus un total de cinq ou six heures.
La surveillance et l’utilisation d’un système de délation
« N’ayez pas foi en un compagnon. Ne placez pas votre confiance dans un ami intime. Devant celle qui couche en ton sein, garde les ouvertures de ta bouche » Mika 7/5.
Le même exemple a été répété encore et encore, lieu après lieu, pays après pays. Les Témoins ont le devoir de faire un rapport sur leurs compagnons Témoins qui peuvent dévier des règles de l’organisation ou de ses enseignements.
Dans l’article intitulé, « Un temps pour parler – dans quel cas ? La tour de Garde du 1er septembre 1987 exposait la position officielle que même s’il semble que les règles de confidentialité existantes soient violées, même un serment – comme dans le cas d’un docteur, d’une infirmière hospitalière, d’un homme de lois ou toute autre personne au courant de documents ou d’informations confidentielles – un Témoin a la responsabilité de révéler les infractions aux règles de l’organisation commises par un autre membre si cela concerne ce qui est souvent appelés « des péchés méritant l’exclusion ». Il est conseillé au pécheur de confesser sa faute aux anciens, mais, s’il ne le fait pas, le Témoin qui connaît l’infraction est tenu par loyauté envers Dieu, de rapporter le problème aux anciens. Seulement un cas est considéré comme sacro-saint – quand il se produit pour les problèmes propres à l’organisation, y compris les réunions tenues par les anciens dans les comités judiciaires.
{Actuellement il n’est pas rare que les femmes d’anciens soient au courant des cas discutés]
Aussi incroyable que cela puisse paraître, moins de quatre ans après que cette règle ait été instituée, dans un article en rapport avec l’hospitalisation, le magazine ‘Réveillez-vous’ du 8 mars 1991 (page 7) publiait : « Une déclaration des droits du patient » et parmi ces droits figurait :
6 : De s’attendre à ce que tout renseignement et tout document relatifs aux soins qu’il reçoit restent confidentiels.
Comme nous l’avons vu, les règles de l’organisation rendent nul le droit s’il interfère avec la règle qui dit que tout témoin ayant connaissance d’une infraction à ses règles, doit le révéler, même s’il s’agit d’un médecin ou d’une infirmière.
Un article du Docteur Gerald L. Bullock, de Plano, Texas, publié dans le Medical Economics d’août 1985, fait comprendre que les Témoins se sentent effectivement obligés d’agir comme des informateurs envers le collège des anciens, en dépit des conséquences sérieuses – pas seulement pou eux, mais aussi pour les autres – que cela entraîne. Le Docteur Bullock raconte qu’il avait embauché une jeune femme qui avait été sa patiente et une amie de la famille pendant des années. Il décrit ‘Tony’ (le nom qu’il lui donne n’est pas son vrai nom) comme une employée bonne et enjouée. Tout se passait bien jusqu’au jour où une autre femme Témoin (qui est appelée ‘Linda’ et qui était connue de ‘Toni’) vienne à son cabinet. Elle déclara qu’elle avait été violée par plusieurs hommes après avoir été dans un bar à Houston, Texas, et avait contracté la blennorragie. Elle avait consulté un autre médecin et voulait maintenant qu’une culture suivie soit faite pour voir si elle était débarrassée de sa maladie. Il sentit qu’il n’était pas en position pour la questionner sur la véracité de son viol, exécutant simplement la culture, la trouvant libre de toute infection. Quelques semaines plus tard, Linda lui téléphona, en colère, l’informant qu’elle avait été exclue et que maintenant sa propre famille l’évitait. Elle le menaçait d’une poursuite judiciaire, disant qu’elle était certaine que c’était ‘Tony’ qui avait fourni l’information aux anciens, qu’elle tenait des fiches du cabinet du Dr. Bullock. Il raconte :
J’étais stupéfait, je ne pouvais pas croire que Toni puisse cancaner sur un patient. Je l’avais informée en détail sur la confidentialité avant de l’engager. Ma charte du personnel précisait la pénalité de mise à la porte immédiate pour un employé qui violait la confidentialité d’un patient.
Quand je confrontai Toni, je fus encore plus stupéfait de l’entendre dire, de son plein aveu que c’était bien elle la moucharde. Elle expliqua que dans sa religion chacun était tenu de rapporter aux anciens de l’église tout membre qui violait les enseignements ou la discipline. Lorsqu’elle fit le point sur le dossier de Linda concernant les accusations et les renseignements de l’assurance, et qu’elle lut ce que Linda m’avait raconté, elle passa du temps avant de décider quel était son principal devoir de loyauté. A la fin, elle raconta l’histoire aux anciens.
Il est à noter que dans sa méditation sur la loyauté, elle n’a pas décidé qu’elle avait l’obligation envers son employeur et ami de l’informer de ce qu’elle allait faire avec une information qui venait des documents de son bureau. Sa formation de Témoin ne lui a évidemment pas fait paraître cela comme pertinent dans la question de la loyauté. Le Dr. Bullock continue :
En fait, cela n’a pas été un simple commérage maladroit. Cela aurait été plus facile pour moi que d’avoir affaire avec le fait qu’une employée et amie en qui j’avais confiance, avait fait une telle chose en toute connaissance des dégâts que cela allait occasionner – à une de nos patientes et à moi.
Je trouvais encore l’histoire de la dénonciation publique presque incroyable. Tous les Témoins me semblaient si gentils. Je ne pouvais pas croire que leur religion exigeait un tel cafardage et une rétribution si sévère pour les récidivistes. Je téléphonai à un ancien, leader de l’église, qui était un ami depuis l’école supérieure. Il me dit que c’était la vérité.
Il m’expliqua que les anciens de l’église n’avaient pas essayé de soupeser la vérité de l’histoire du viol de Linda. Comme ils lui dirent, elle était allée quelque part où elle ne devait pas aller, fait quelque chose qu’elle ne devait pas faire, et attrapée une maladie qu’elle n’aurait pas du attraper. Pour cela elle avait subi la punition d’exclusion, qui pouvait être levée uniquement si elle pouvait convaincre les anciens de sa véritable repentance. L’église lui avait même ordonné de quitter la maison familiale jusqu’à ce qu’elle satisfasse aux exigences de l’absolution.
J’étais en colère quand je l’ai appelé, j’étais furieux avant que l’ancien n’ait fini son explication. Je lui demandai s’il réalisait ce que son église m’avait fait à moi, spectateur innocent. Il me dit qu’il était désolé, mais comme Toni, il pensait que les enseignements de l’église devaient venir avant toute autre considération.
Comme Toni, lui et les autres anciens apparemment ne se sentaient aucune obligation morale à informer le médecin qu’ils avaient reçu une information confidentielle de son employée, ou de l’utilisation qu’ils avaient l’intention de faire légalement d’une telle information privilégiée. Leur formation de Témoin ne les avait simplement pas amené à penser en ces termes.
Sur les conseils de son service juridique, le Dr. Bullock pensa qu’il était nécessaire de renvoyer Toni. Il ne lui expliqua pas seulement pourquoi il était obligé d’agir ainsi, mais avec prévenance qu’il ne laisserait pas son action rompre son amitié envers elle. Il s’excusa auprès de Linda, lui expliquant ce qui était arrivé. Elle lui assura qu’elle ne lui attenterait pas un procès puisqu’il n’était pas personnellement fautif.
Le Dr. Bullock exerce maintenant dans une autre ville, mais dit qu’il est toujours sur le « qui-vive ». Il écrit que, quand la confidentialité d’un patient par un employé n’est pas couverte par l’assurance médicale des fautes professionnelles, « toute notre assurance de responsabilité civile professionnelle si chère, ne vaudrait pas un centime si un patient victime de cette façon, nous poursuivait en justice et gagnait. » il a maintenant souscrit à une police d’assurance pour son travail qui inclut les risques personnels lourds pour ses employés. Il raconte à tous les nouveaux employés l’histoire de ‘Toni’ et ‘Linda’, et s’ils ne peuvent pas garantir que leurs croyances religieuses ne les obligent pas à trahir la confidentialité d’un patient, il ne les engage pas.
Pour expliquer le fondement de l’insistance avec laquelle les Témoins doivent informer les anciens des infractions d’un des leurs, même en violation de la confidentialité, la Tour de Garde donnée plus haut en référence cite la disposition de la loi mosaïque contenue en Lévitique 5/1, qui dit : « Si maintenant une âme pêche en ce qu’elle a entendu une imprécation publique, et elle est témoin ou elle a vu ou est venue à savoir la chose, si elle ne la révèle pas, alors elle devra répondre de sa faute. » Puis l’article tire ces conclusions :
Cela fait certainement porter un lourd fardeau sur chaque Témoin individuellement, le rédacteur de l’article tente de transmettre de la même façon, un lourd sentiment de culpabilité à quiconque ne rapporterait pas les péchés de ses compagnons témoins aux anciens nommés par l’organisation. La pureté de la congrégation est soulignée comme étant le facteur primordial pour justifier la position prise. Mais, la ‘pureté’ pour les Témoins est déterminée par les règles de l’organisation, que les Ecritures parle du sujet ou le laisse sous silence; de plus, la procédure pour « aider les autres à rester propres » est également prescrite par l’organisation et ses règles procédurales. C’est ceci qui rend si inquiétante l’insistance avec laquelle tous les membres se trouvent « placés sous le serment les engageant à préserver la pureté de la congrégation. » Pour justifier la violation de confidentialité, l’article de la Tour de Garde utilise comme illustration le cas d’une femme Témoin qui s’est faite avorter à l’hôpital. Cependant, comme nous l’avons vu dans le chapitre 8, avec une multitude de règles et de règlements, l’étendue et la variété des infractions possibles devant être rapportées se comptent par centaines. Cela peut signifier qu’un Témoin travaillant dans un cabinet comptable qui voit des factures d’un entrepreneur Témoin qui a installé un toit sur une église, ou installé un système d’alarme dans une église devrait se sentir mandater de rapporter le fait aux anciens. Cela pourrait signifier porter des accusations contre un homme qui a accepté une mission de travail dans la maison d’un vieil homme au lieu d’aller faire un entraînement militaire, ou de pulvériser de l’insecticide dans une base militaire, ou contre une femme qui gagne sa vie en faisant les lits dans une caserne. Cela peut signifier que quelqu’un est « sous serment » pour faire un rapport aux anciens si un compagnon Témoin exprime son incapacité à accepter l’enseignement que le Royaume du Christ a commencé en 1914 ou qu’il est le médiateur de seulement 8800 personnes aujourd’hui.
Bien que l’article dise que les Chrétiens ne sont plus strictement sous la loi Mosaïque, certains se demandent comment il est possible de faire une application plus stricte de cette loi particulière, aux Chrétiens de nos jours, que celle mise en avant par l’auteur de l’article. La distinction faite entre « loi », et « principe » devient une distinction sans différence. Le fait est que les Chrétiens « ne sont pas strictement » sous la loi Mosaïque, ils ne sont pas sous elle ni partiellement ni autrement, mais ils sont entièrement sous la faveur imméritée de Dieu :
Rom 6/14 : Car le péché ne doit pas dominer sur vous, puisque vous n’êtes pas sous la loi, mais sous la faveur imméritée de Dieu.
Galates 5/4, 18 : Vous êtes séparés du Christ vous qui cherchez à être déclarés justes par le moyen de la loi. Vous êtes déchus de sa faveur imméritée…D’autre part, si vous êtes conduits par l’esprit, vous n’êtes pas sous la loi.
L’article n’applique tout simplement pas le ‘principe’ de cette ordonnance, qui pourrait être pris en considération pour servir les intérêts de la justice et de la droiture, mais applique la loi à ‘la lettre’ en contradiction avec l’enseignement des apôtres :
Romains 7/6 : Mais maintenant nous avons été libérés de la Loi, parce que nous sommes morts à ce par quoi nous étions tenus ferme, afin que nous soyons esclaves dans un sens nouveau par l’esprit, et non dans l’ancien sens du code écrit.
2 Cor 3/16 : Mais quand on se tourne vers Jéhovah, le voile est levé.
L’application que fait la Tour de Garde relève plus d’une attitude judaïsante, appliquée à faire beaucoup d’efforts pour convertir les Chrétiens en gardiens de la loi, attitude combattue intensément par Paul, plutôt que d’appliquer l’esprit du Christ. L’apôtre avertit que ces gardiens de la Loi auront comme objectif de faire des Chrétiens des sujets de l’authentique ‘ malédiction’ ce vers quoi l’article de la Tour de Garde dirige ses pensées pour induire des sentiments de culpabilité chez ceux qui ne soutiendraient pas sa politique.
Actes 15/5 : Cependant quelques uns de ceux de la secte des pharisiens qui avaient cru se levèrent de leur sièges et dirent : il faut les circoncire, et leur ordonner d’observer la loi de Moïse.
Gal 3/1-5, 10-13 : Ô Galates insensés ! Qui vous a soumis à une influence mauvaise, vous devant les yeux de qui Jésus Christ a été ouvertement dépeint comme attaché sur un poteau ? Je veux apprendre seulement cela de vous : Avez-vous reçu l’esprit en raison des œuvres de la loi, ou parce que vous avez entendu avec foi ? Êtes vous si insensés ? Après avoir commencé dans l’esprit, êtes vous en train d’être rendus complet dans la chair ? Avez-vous enduré tant de souffrances pour rien ? Si c’était vraiment pour rien. Celui donc qui vous fournit l’esprit et accomplit des œuvres de puissance parmi vous, le fait-il en raison des œuvres de la loi, ou parce que vous avez entendu avec foi ?... Tous ceux qui en effet qui dépendent des œuvres de la loi sont soumis à une malédiction, car il est écrit : Maudit est tout homme qui ne demeure pas dans toutes les choses écrites dans le rouleau de la loi afin de les pratiquer. D’autres parts que par la loi, personne ne soit déclaré juste auprès de Dieu, c’est évident, parce que ‘le juste vivra en raison de la foi’. Or la Loi n’est pas attachée à la foi, mais celui qui les pratique vivra par leur moyen. Christ par rachat nous a libérés de la malédiction de la Loi, en devenant malédiction à notre place, parce qu’il est écrit : « Maudit est tout homme pendu à un poteau. »
(L’article fait aussi référence à Deutéronome 27/26 : qui dit : (Maudit est celui qui ne mit pas en vigueur les paroles de cette loi, en les pratiquant)
Pour mener à bien cette application, l’article va même réellement au-delà de ce que la loi Mosaïque contient.
Le premier article déclare que ce qui est traité dans Lévitique 5/1 est un cas juridique dans lequel un mal a été commis et celui à qui on a fait du tort appelle à témoins pour recevoir des témoignages, et profère des imprécations sur celui qui lui a fait du tort. Dans la note en bas de page l’article cite ce qui suit, et qui est une explication différente :
Dans leur commentaire sur l’ancien testament, Keil and delitzsch affirment qu’on jugeait coupable d’une faute ou d’un péché quiconque ‘avait connaissance du délit commis par un individu (soit qu’il l’ait vu, soit qu’il en ait entendu parler de façon ou d’autre) et, tenu à ce titre, de témoigner devant un tribunal pour confondre son auteur, n’agissait pas dans ce sens. Il taisait donc ce qu’il avait vu, ou appris, alors qu’au moment de l’enquête publique sur le méfait commis, il avait entendu le juge enjoindre solennellement de se présenter comme témoins toutes les personnes sachant quelque chose de l’affaire. (Tour de Garde du 1/09/1987 page 13).
En Israël, qui fonctionnait comme une nation distincte, on ne s’occupait pas seulement de méfaits et des cas de criminels, mais également de problèmes institutionnels incluant toutes sortes de polémiques entre les individus, des villages ou des villes, les anciens agissaient en public, à la porte de la ville. (Deut : 16/18 ; 21/19, Ruth 4/1.) S’il y avait un appel à témoins pour donner un témoignage dans des cas particuliers, le procès avait toujours lieu en public, et le témoin devait ‘jurer solennellement’, ou comme le dit la traduction du monde nouveau faire ‘un serment public’ mettant le témoin sous la responsabilité de témoigner et de dire la vérité.
Prov 29/24 : Qui partage avec un voleur, a de la haine pour son âme, il vient à entendre un serment lié à une imprécation, mais il ne révèle rien.
Math 26/62,63 : Là-dessus le grand prêtre se leva et dit ‘Tu n’as rien à répondre ? Qu’est ce que ceux-ci déposent contre toi ? Mais Jésus se taisait. Alors le grand prêtre lui dit : Par le Dieu vivant, je te fais jurer de nous dire si tu es le Christ, le fils de Dieu.
Un des exemples qui, donne le plus de détail sur une audience devant les anciens de la ville, est trouvé en Ruth 4/1-12. Il s’agit de conclure une affaire avec Boaz, un proche parent d’Elimelech, intéressé par le ‘rachat’ du domaine du défunt, l’exécution du rachat s’accompagnant de l’obligation de marier Ruth la Moabite. Boaz se rend donc a la porte de la ville, s’avance, et attend un autre homme qui est un plus proche parent (et qui donc en tant que tel, à priorité comme ‘racheteur’. Boaz rassemble dix anciens de la ville, et le cas est réglé devant eux, et devant la foule rassemblée, Boaz obtient le droit auquel il pensait. Il alla les voir tous, anciens, et peuple rassemblés, pour dire : « Vous en êtes témoins aujourd’hui »
Il n’y rien de plus éloigné que de comparer la manière ouverte de rendre la justice dans les temps anciens, et le secret qui entoure aujourd’hui le système de la cour de justice religieuse instituée par l’organisation Watch Tower.
L’appel public à Témoins est pratiquement inconnu, les audiences sont effectuées dans le secret, et en ce qui concerne la seule chose qui soit portée au public c’est une brève annonce d’exclusion ou de retrait. Pourquoi l’organisation fait-elle une application très sélective du ‘principe’ de la loi, l’utilisant seulement pour mettre un fardeau de responsabilité sur ses membres, en rapportant les infractions des frères, tout en ignorant dans le même temps le principe évident d’ouverture dans la conduite des procédures judiciaires tenues par ses représentants officiellement désignés. (Dans ses propres publications Etude Perspicace des Ecritures de 1988, en anglais Volume 1, page 518 la société dit : La publicité qui était faite a chaque procès qui se tenait à la porte de la ville, était faite pour éviter d’influencer les juges eu égard à leur responsabilité et la justice qu’ils devaient rendre, ainsi que dans les procédures judiciaires à mettre en œuvre).
L’auteur de l’article paru dans la Tour de Garde s’efforce ainsi de vite changer la responsabilité d’un appel public à témoins, en une initiative individuelle visant à faire faire par un tiers un rapport destiné aux anciens relatant des mauvaises actions commises par un frère. Cette façon de voir relègue ceux qui ne sont pas anciens à un rôle d’informateur ou d’accusateur, et ne donne aux anciens aucun exercice de jugement personnel comme le réclamerait naturellement la situation.
Alors que tous les membres sont supposés aller voir en premier le présumé délinquant, et l’exhorter à se rapprocher des anciens, les faits montrent qu’en fait cela est rarement mis en pratique. Dans la plus grande majorité des cas, cette étape est court-circuitée, on fait simplement un rapport aux anciens, et comme le dit le dicton: le sort en est jeté, et la procédure judiciaire de l’organisation rentre en action.
L’objectif final des prises de position de la Watch Tower est évidemment de supprimer chez les Témoins tout avis personnel ou tout droit d’exercer un jugement personnel, sur les cas qui sont traités et qui nécessiteraient une action judiciaire. Elle cherche en fait à éliminer toute forme de compassion individuelle, ou autre affliction, qui inciterait les uns ou les autres à garder ou ne pas garder de tels actes confidentiels. Elle montre que cela serait un acte irrévérencieux envers Dieu si individuellement on tentait d’aider un pécheur sans pour autant rapporter les faits aux anciens désignés par l’organisation.
Il n’y a aucun doute que sous la loi Mosaïque il y avait une responsabilité implicite de dénoncer certaines mauvaises graves actions et certains crimes de caractère extrême comme le blasphème contre Dieu, la tentative de séduction des Israélites à l’idolâtrie, une dette de sang envers des humains innocents, peut-être aussi l’annonce de fausses prophéties (Lévitique 24/10-14 ; Deutéronome: 16/6-11 ; 17/2-7 ; 21/1-9 ; Zacharie 13/2-6.
Généralement, la connaissance de tels crimes devait être non seulement dénoncée, mais également suivie d’une lapidation lors de l’exécution. Toutefois, nulle part dans la loi mosaïque trouvons-nous indiqué en des termes même larges, que chaque Israélite était contraint de rapporter aux juges ‘tous les méfaits qu’il observait’. Comme nous l’avons vu dans la plupart des cas, le règlement incluant ce que Lévitique 5/1 demande, était de répondre à toute imprécation, ou adjuration à témoigner, et non pas une incitation à la délation faite aux Israélites.
Levitique 5/1 : Si maintenant une âme pèche en ce qu’elle a entendu une imprécation publique, et elle est témoin ou elle a vu ou est venue à savoir la chose, si elle ne la révèle pas, alors elle devra répondre de sa faute.
Cette idée que la Loi de Dieu impose à chaque Israélite l’obligation d’aller voir les anciens pour toutes les fautes importantes qu’un Israélite pouvait commettre, suivi d’un débat public à la porte de la ville, est quelque chose que l’auteur de l’article de la Tour de Garde prétend avoir lu dans les Ecritures. Evidemment, chaque individu qui était lui-même agressé, ou à qui on avait fait du tord avait la possibilité d’aller trouver les anciens qui siégeaient à la porte, et déposer plainte. Cependant, même ici, si les personnes pouvaient résoudre leurs problèmes elles mêmes, il n’y avait pas d’obligation de faire part à d’autres des fautes commises.
Une illustration notable d’un fait restant non dévoilé, malgré l’évidence apparente d’une faute grave, se trouve dans le cas de Joseph, le père nourricier de Jésus. Il était convaincu que sa fiancée avait violé la loi concernant l’adultère. Sa grossesse visible avant le mariage était un fait indéniable donnant la preuve absolue et apparente du péché. Cependant Joseph ne s’est pas senti dans l’obligation d’en référer aux anciens ou aux prêtres comme à des juges. Soucieux de ne pas exposer sa fiancée à la disgrâce publique, il eut l’intention de divorcer ‘en secret’. Dédaignait-il pour autant une ‘ordonnance’ divine le sommant de rapporter ce fait, et montrait-il un grave manquement en ne se souciant pas de la « pureté de la congrégation » ? Les Ecritures nous apprennent que sa motivation était bonne car il était ‘un homme droit, (un homme bon (Pme), un homme d’honneur (JB) :
Math 1/19 : Cependant Joseph, son mari, parce qu’il était juste, et ne voulait pas se donner publiquement en spectacle, se proposa de divorcer d’avec elle en secret.
En soulageant Joseph en lui expliquant le malentendu, et l’assurant de la chasteté de Marie, Dieu ne lui fit aucun reproche pour son intention compatissante.
Math 1/20-24 : Mais après qu’il eut réfléchi à ces choses, voyez l’ange de Jéhovah lui apparut en rêve et lui dit : Joseph fils de David, n’aie pas peur de prendre chez toi Marie ta femme, car ce qui a été engendré en elle est de par l’Esprit Saint. Elle mettra au monde un fils et tu devras l’appeler Jésus car il sauvera son peuple de ses péchés. Tout cela arriva pour que s’accomplisse ce qui avait été annoncé par Jéhovah, par l’intermédiaire de son prophète quand il a dit : Voyez la vierge deviendra enceinte et on l’appellera du nom d’Emmanuel, ce qui traduit veut dire « Avec nous est Dieu. Alors Joseph se réveilla de son sommeil et fit comme l’ange de Jéhovah lui avait prescrit et pris sa femme chez lui
Da la même manière, le Fils de Dieu montra clairement qu’il n’était pas nécessaire de porter aux juges toutes les fautes. Il parla d’un cas ou un délinquant pouvait toujours éviter ceci, en trouvant un arrangement avec son accusateur même si cet accusateur était en train de se diriger vers les juges pour porter plainte :
Math 5/23-25 : Arrange-toi vite avec celui qui porte plainte contre toi, pendant que tu es avec lui sur le chemin du tribunal, de peur que le plaignant ne te livre au juge, et le juge à l’huissier de justice, et que tu ne sois jeté en prison.
Il montra également que celui qui avait été victime d’un péché devait prendre l’initiative non pas de rapporter la faute à un comité judiciaire, mais de se rapprocher de l’offenseur, de lui exposer sa faute, pour essayer qu’il reconnaisse son erreur, et s’il faisait cela avec succès, « il gagnait son frère ». Ceci avait lieu sans l’intervention d’aucune autre personne, ni des anciens. C’est seulement si la médiation ne réussissait pas, qu’il pouvait demander l’aide « d’une ou deux autres personnes », et rien concernant ces personnes n’est précisé pour que ce soit des anciens. Si ce dernier effort de conciliation ne réussissait pas, c’est seulement dans ce cas que le pécheur pouvait être amené devant la congrégation. (Math 18/15-18)
Jésus a dénoncé avec force l’inexactitude de l’emploi de la rigidité caractérisant l’approche légaliste mise au service de Dieu. Montrant que le but de la loi était pour le bénéfice de l’homme, et non pas un lourd fardeau pour l’entraver, en faisant preuve de compassion, il dit à ses accusateurs que : Le sabbat est venu à l’existence pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. (Marc 2/27).
Il rappela aux religieux légalistes le récit de David entrant dans le tabernacle et recevant du pain sacré « Le Pain de Proposition » pour manger avec ses hommes, pain qu’il ne pouvait pas manger ni lui ni ses compagnons mais seulement les prêtres. (1Samuel 21/1-6 ; Math 12/1-4). Jésus ne présenta pas David comme quelqu’un de maudit par Dieu pour avoir fait cela, ni ne montra le prêtre en cette occasion négligent, et accomplissant un « sacrifice » pour garder la congrégation pure à cause d’une plainte déposée contre David. De plus il ne commenta pas l’action de Doég l’Edomite qui rapporta promptement l’événement au chef de la nation, Saül, qui prononça une sentence de mort sur 85 prêtres et massacra des personnes dans la ville. (1Samuel 21/7, 22/9-19). Au contraire, Jésus utilisa cet exemple comme base pour dire aux religieux anciens :
Math 12/7 : cependant si vous aviez compris ce que signifie, je veux la miséricorde, et non le sacrifice, vous n’auriez pas condamné les innocents.’
Comme les Chrétiens ne sont plus sous la loi, et ne sont plus asservis par le vieux code écrit, nous sommes libres de suivre l’exemple de Christ, et par la loi de la foi, et la loi royale de l’amour prendre les décisions dans ce qui nous appartient :
Rom 7/6 : Mais maintenant nous avons été libéré de la Loi, parce que nous sommes morts à ce par quoi nous étions devenus ferme, afin que nous soyons esclave dans un sens nouveau par l’esprit, et non par l’ancien sens, par le code écrit.
Nous avons l’assurance des apôtres que « celui qui aime ses frères, a accompli la loi », et que non seulement les commandements au sujet de l’adultère, des meurtres, des vols, de la convoitise, et de tout autre commandement se résume en une seule loi : aimer son prochain comme soit même. L’amour ne nuit pas à son prochain, donc l’amour est l’accomplissement de la loi.
Romains 13/8-10 : Ne devez rien à personne, sinon de vous aime les uns les autres, car celui qui aime son semblable a accompli la loi. En effet le code de lois : Tu ne devras pas commettre d’adultère, Tu ne dois pas assassiner, Tu ne dois pas voler, Tu ne dois pas convoiter, et tout autre commandement se résume dans cette parole, à savoir : Tu dois aimer ton prochain comme toi-même. L’amour ne fait pas de mal à son prochain ; l’amour est donc l’accomplissement de la loi.
Nous sommes libres d’utiliser notre propre jugement pour savoir qu’elle aide semble être la meilleure pour aider ceux qui ont commis des erreurs ou pour tous ceux qui pourraient en être affectés.
Certainement qu’il y a dans la vie des cas dont découlent de graves conséquences et qui représentent des actes d’une grande violence. Avertis de cela, nous ne pouvons pas en faire autant à d’autres. Mais nous ne sommes pas attachés à des règles inflexibles, nous plaçant sous serment, et nous obligeant automatiquement à faire part aux autres de nos manquements quand nous les avons transgressés. Nous sommes encouragés à ‘confesser nos péchés à un autre,’ pas à une cour ecclésiastique. Chacun de nous, pas juste les hommes détenant une autorité donnée par une organisation, est exhorté à faire ce qu’il peut pour aider et guérir ceux qui se sont égarés de la vérité et sont tombés dans l’erreur, le faisant avec une attitude compatissante envers les pécheurs, tout en détestant le mal lui-même.
Jacques 5/16, 19,20 : Confessez donc ouvertement vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris. La supplication d’un juste quand elle est à l’œuvre a beaucoup de force…Mes frères si quelqu’un d’entre vous s’égare loin de la vérité, et qu’un autre le ramène, sachez que celui qui ramène un pécheur de l’erreur de sa voie, sauvera son âme de la mort, et couvrira une multitude de péchés.
Jude 22,23 : De plus continuez à faire miséricorde à certains qui ont des doutes, sauvez-les en les arrachant du feu, mais continuez à faire miséricorde à d’autres, le faisant avec crainte, tandis que vous haïssez jusqu’au vêtement intérieur taché par la chair.
La politique rigide mise en avant, montre au final, après analyse qu’elle n’aide pas ceux qui sont tombés dans l’erreur. Quelqu’un commettant une faute grave peut ressentir profondément le besoin d’aide pour éviter de futures erreurs. Mais un Témoin ne peut même pas aller voir un ami dans sa congrégation pour parler de son péché sans avoir la moindre assurance que ce qu’il dira à son ami sera gardé confidentiel. Les textes parlant contre ceux qui dévoilent les choses confidentielles ne sont pas reconnus comme applicables dans ce cas, et la déclaration qui dit que ‘le vrai compagnon aime en tout temps et est un frère né pour les jours de détresse’ (Prov 17/17) (voir aussi Prov 11/13, 25/9) devient inopérante, et vidée de sa substance. Même si celui qui a péché s’est tourné vers Dieu, en le priant par l’intermédiaire de son Fils Jésus, en cherchant le pardon de son péché, ce n’est pas considéré comme suffisant pour garantir la confidentialité. Si le péché fait partie des choses que l’organisation classe comme un « péché majeur », ses représentants doivent en être informés et la cour de justice ecclésiastique doit décider quelle action il est nécessaire de prendre ou ne pas prendre. Les Témoins ont appris qu’ils ne font pas preuve d’amour s’ils ne dénoncent pas leur frère qui n’ait pas allé voir « les autorités » pour leur parler de son péché. Les Témoins fautifs, ont appris qu’ils doivent impérativement parler aux anciens, « confiants qu’ils prendront en main le problème en recherchant une solution pleine de compréhension
Tour de Garde 1/09/1987 Page 15
Dans le même temps c’est une image tout à fait différente que celle présentement dépeinte qui vient du siège central. Le bureau du siège central fait état d’un rapport fait par les surveillants dans le monde entier disant qu’ils pensaient que la majorité (certains firent état d’un pourcentage de 70% et plus) des anciens n’était pas qualifiée pour servir dans un comité judiciaire. Je suis persuadé que certains anciens méritent la confiance décrite dans les publications de la société, mais l’expérience actuelle montre que l’adhésion à la politique de l’organisation est primordiale pour la grande majorité de tels hommes, et que le légalisme dont elle fait preuve, met trop souvent à la trappe les sentiments naturels de compassion que ces hommes pourraient naturellement avoir.
L’illustration de la façon dont les initiatives privées des Témoins sont rapidement stoppées, et surveillées par de « loyaux » anciens, ces hommes poussés à renforcer ‘le grand code de loi’ de l’organisation est démontrée par le cas de Rud Persson et sa femme en Suède. Rud fut baptisé en tant que Témoins de Jéhovah en 1959. En janvier 1986, sa femme et lui ont étudié plus sérieusement que par le passé, le message de Christ Jésus dans la parabole du bon Samaritain. Particulièrement motivés par la famine en Ethiopie, ils s’acquittèrent d’une petite cotisation annuelle à la Croix rouge, qui leur permettait d’obtenir des informations concernant les différents projets d’aide de cette association, et choisir ainsi, à qui ils pourraient apporter une aide modeste. Rud ne voyait aucun problème à cela. Sa propre mère, une sœur dévouée avait bénéficié du service invalidité de la Croix Rouge suédoise, après qu’elle soit devenue invalide.
Quelques mois plus tard, en mai de cette même année, le surveillant président de la congrégation locale se rapprocha de Rud, et lui demanda s’il avait contacté la Croix Rouge. Rud eut une conversation amicale avec lui, et en ce qui concerne le point de savoir s’il avait prit un abonnement à la Croix Rouge, le surveillant ne donna pas suite à cette affaire, et ne fit plus d’enquête.
C’est seulement après, que Rud apprit que des ‘investigations’ avaient déjà commencé avant cette conversation. Un ancien ayant entendu une rumeur comme quoi Rud avait pris une adhésion comme membre à la Croix Rouge, en avait averti le collège des anciens, qui en avaient discuté entre eux avant de contacter leur surveillant de circonscription, Gert Andersson pour avoir son avis. Pourquoi cela ? Il estima que Rud avait ‘violé sa neutralité’ par rapport à la guerre (comme nous l’avons souvent vu ceci est considéré comme étant une violation d’Essai 2/4). Les anciens le 19 Juin 1986 écrivirent au bureau de la filiale de Suède pour s’informer de la validité de convoquer Rud devant un comité judiciaire pour voir s’il avait violé sa neutralité chrétienne. Le bureau de la filiale répondit en envoyant une copie de la lettre au surveillant de circonscription Andersson disant qu’il recherchait des informations près du collège central de Brooklyn. Finalement le 15 octobre 1986, ils envoyèrent la lettre ci-dessous au surveillant président de la congrégation de Mats Nordsund. (Cette lettre était écrite en suédois. Ce qui suit, n’est qu’une traduction. Une copie de l’originale se trouve dans le dossier de Commentary Press.
Bibel-och Traktatsällskapet vakttornet
Box 5, S-732 00 Arboga, Sweden SR : SL 1986-10-15
Mats Nordsund
Brohuset 1019
Prästmöllan
260 70 LJUNGBYHED
Aux anciens de la congrégation de Perstorp
Chers Frères
Nous vous écrivons maintenant concernant les informations que vous avez fournies à la société concernant le frère Rub Person qui est devenu membre de la Croix Rouge.
Nous avons transmis le problème aux frères de Brooklyn pour avoir leur point de vue sur le fait de devenir membre d’une telle organisation. Les frères nous ont dit que même si dans certains pays la Croix Rouge apporte des services, qui peuvent être nécessaires, localement, elle applique néanmoins toujours les principes de leur siège en Suisse. Il est dit que le but de l’organisation est de soulager les difficultés et la souffrance humaine, mais nous ne devons néanmoins jamais oublier que cet organisme a vu le jour sur les champs de bataille. Elle accomplit une grande part de son travail directement ou indirectement dans les conflits en opposition avec les pensées décrites en Isaïe 2/4. Aussi cet organisme est un des plus grands fournisseurs de sang destiné aux transfusions dans le monde. Elle est également impliquée dans des affaires politiques, et souvent intervient comme médiateur entre les nations pendant les guerres. En conséquence il est bien de considérer ce qu’une organisation, qui a ses activités principales en opposition avec la neutralité chrétienne, peut avoir à faire avec le peuple de Dieu. Enfin, nous ne pouvons pas non plus soutenir l’usage qu’elle fait du sang. Nous pouvons être sûrs qu’il est bien d’aider à soulager la souffrance humaine, mais avons- nous besoin de devenir membre d’une organisation mondiale pour faire cela n’est ce pas ?. Ce point a été traité plus en profondeur dans la Tour de Garde du 1er octobre 1986 pages 22-24.
Les motivations d’une personne voulant se joindre à une telle organisation sont à considérer. Pourquoi désire-t-elle appartenir à une telle organisation ? Approuve-t-elle ce que cette organisation soutient ? Il peut être possible que quelques uns deviennent des membres passifs de telles organisations de façon à recevoir en premier de l’aide. Rien n’est souvent exigé d’autre aux personnes. Un Chrétien doit donc réfléchir pour savoir si sa conscience peut l’autoriser à penser comme cela. D’un autre coté si certains défendent ce que cette organisation fait, bien sûr, ils seront démis de leur privilèges. Si d’autres devenaient des membres actifs par exemple concernant le programme sur le sang que la Croix Rouge défend, ils devraient être exclus.
Par conséquent, en ce qui vous concerne, nous vous recommandons que vous parliez avec frère Rub Persson, de ce sujet et que vous examiniez ses motivations pour savoir pourquoi il a rejoint la Croix Rouge. Est-ce parce que cette organisation lui est bonne et lui apporte des bienfaits ? Connaît-il son programme sur les transfusions sanguines, et son rôle en tant que médiateur entre les nations ? Quand vous aurez parlé avec lui d’une manière intensive de ce sujet, et écouté sa réaction, s’il vous plait, communiquez-nous cela de telle façon que nous puissions nous faire une opinion de ses pensées sur le sujet, et s’il veut continuer son adhésion à la Croix Rouge. Quelle est son attitude concernant le sang, ainsi que la nourriture contenant du sang servi dans les écoles ? A-t-il informé les professeurs sur notre position eu égard au sang ? Egalement en ce qui concerne la célébration des anniversaires et tout autre chose en liaison avec les activités scolaires ? Nous disons cela parce que le frère Gert Andersson en même temps avait eu l’occasion de donner des conseils pour les enfants du frère Rub Persson.
Unis avec vous dans la prédication de la bonne nouvelle du Royaume nous vous envoyons tout notre amour et nos salutations
Vos frères
Pendant tout ce temps, depuis la brève discussion en mai avec le surveillant quand Rub s’abonna à la Croix Rouge, jusqu’en décembre, rien ne lui a été dit au sujet de toutes ces investigations. Le père de Rud, et le plus jeune de ses frères, étaient membres du collège des anciens, mais ne lui avaient rien dit, sans aucun doute parce que l’aspect « confidentiel » de l’affaire ne leur permettait pas, et qu’ils savaient qu’il pouvait être appelé devant un comité judiciaire. Cependant quand ils reçurent la lettre de la filiale du 15 octobre, les anciens ayant consulté le surveillant de circonscription agirent rapidement. Le 18 octobre le surveillant président téléphona à Rud pour l’informer que la société aimerait lui poser cinq questions en présence de deux anciens. Il lui demanda également si sa femme était aussi membre de la Croix Rouge.
A la réunion, on demande à Rud de répondre à ces cinq questions :
1) Quelle est ta motivation pour t’être inscrit à la Croix Rouge ?
2) Estimes-tu que ce que la Croix Rouge soutient soit bon et approprié ?
3) Es-tu au courant du programme de la Croix Rouge concernant les transfusions sanguines ?
4) Es-tu au courant que la Croix rouge est impliquée en temps que médiateur dans les conflits entre nations ?
5) As-tu l’intention de continuer à être membre de la Croix rouge ?
Il répondit pour l’essentiel ceci :
1) Sa motivation était d’être informé des projets d’aide de la Croix Rouge, afin de faire un don approprié. Il donna aux anciens, la référence d’un article de Réveillez-Vous du 8 décembre 1976, qui bien que donnant beaucoup de facteurs négatifs au sujet des organisations charitables, concluait qu’il n’était pas forcément mauvais de leur faire des dons. Il dit également qu’il trouva des raisons analogues concernant les groupements syndicaux, ou certains types d’emploi, pour lesquels les facteurs négatifs étaient contrebalancés par plus de facteurs positifs. (Tour de Garde du 15/02/1961 page 27-28, et du 15/07/1982 page 26).
2) La réponse à la deuxième question fut qu’il reconnaissait l’impartialité de l’aide que la Croix Rouge apportait aux nécessiteux, et que cela était bon et approprié. Il attira ensuite l’attention des anciens sur cette position reprise par la Tour de Garde du 1/06/1918 :
Un Chrétien peut avoir reçu un point de vue perverti disant que le travail de la Croix Rouge ne contribue qu’à faciliter les massacres, ce qui est contre sa conscience, et qu’il ne peut donc pas la soutenir. Il y a aussi un point de vue plus équilibré voyant la Croix Rouge comme l’incorporation d’une aide pour les désemparés, et dans ce cas il peut donc vouloir aider la Croix Rouge selon ses moyens et les occasions qui se présentent. Il ajouta qu’il trouvait ce changement de point de vue consistant à passer d’un ‘point de vue perverti’ à un ‘point de vue équilibré’ encore plus justifié de nos jours.
3) En ce qui concerne les transfusions sanguines, il précisa que dans la plupart des cas aujourd’hui les transfusions étaient réalisées par les hôpitaux, et qu’il ne trouverait pas très heureux que la société boycotte les hôpitaux parce qu’ils utilisent une grande quantité de sang. Beaucoup de Témoins travaillent dans ces établissements qui ont établi « un programme sur le sang ». Il rappela aux anciens que selon les principes de la société, un médecin Témoin de Jéhovah est autorisé à administrer des transfusions sanguines à un patient non Témoin quand cela est nécessaire, sans pour cela passer devant un comité judiciaire. (Tour de Garde des 15/11/1964 pages 682 - 683).
4) Quant au rôle de médiation entre les nations, il dit que La Croix Rouge n’était pas une organisation politique, son rôle de médiateur étant réduit seulement à un rôle humanitaire. Il reprit l’analogie avec les syndicats d’ouvriers du monde entier, dans lesquels des milliers de Témoins de Jéhovah sont inscrits. Par contre, à l’inverse de la Croix Rouge, les syndicats sont souvent engagés politiquement, et pourtant ses membres ne sont pas condamnés par la société.
5) Quant à savoir s’il avait l’intention de rester membre de la Croix Rouge, il dit qu’en fonction de ce qu’il pouvait savoir, il était en harmonie avec les publications de la société. Il dit que la question de savoir si être membre de la Croix Rouge était compatible avec le fait d’être Chrétien, n’avait aucune signification, à moins qu’on le lui démontre, et comme il n’a reçu aucune information à ce sujet, il ne voit aucun conflit d’intérêt à cela.
Il faut noter les sources que Rud prit pour répondre aux questions. Elles étaient fournies aux anciens locaux par le bureau de la filiale suédoise de la Société Watch Tower, et les membres de la filiale dirent qu’ils avaient reçu directement du Collège Central de Brooklyn les ordres en la matière. On peut supposer que les informations que la filiale fournit dans sa lettre aux anciens venaient du Collège Central. Il faut encore noter que leurs informations étaient entachées de nombreuses fausses déclarations, et de raisonnement superficiels.
Les anciens transmirent les réponses de Rud au bureau de la filiale avec un rapport contenant des pensées défavorables sur lui, comprenant même des allégations sur les conditions du travail scolaire des ses enfants. Ils ne lui donnèrent pas de copie de ce rapport, mais il pouvait en obtenir une, et il envoya aux bureaux de la filiale toutes ses réfutations détaillées pour chacune des allégations des anciens.
Les mois passèrent, sans réponse de la filiale. Finalement le 8 avril 1987, Rud téléphona à la filiale et parla avec deux membres du comité de la filiale, Ake Carlsson, et Rune Grahn. Carlsson dit en riant que « l’organisation ne peut pas dire à ses amis ce qu’ils doivent faire dans pareil cas » (on peut comparer la nette différence entre ce qui est dit ici, et ce que la lettre du bureau de la filiale envoyée aux anciens disait) Rune Grahn dit qu’aucune action ne serait entreprise contre Rud, le bureau de Brooklyn ayant indiqué qu’être membre de la Croix Rouge n’aurait pas d’autres conséquences que de ne pas être nommé comme ancien ou assistant ministériel. Il compara cela à la position de la société concernant les hommes qui se laissent pousser la barbe. (La politique générale fut qu’aucune action judiciaire ne serait prise contre les Témoins qui se laissent pousser la barbe, mais les anciens pourront toutefois estimer qu’ils ne remplissent pas les qualités requises pour être ancien).
Après avoir encore attendu un autre mois, Rud informa son frère, un ancien, de sa conversation avec les frères du bureau de la filiale. Il confirma que les anciens locaux ne reçurent aucune réponse de la société. A leur crédit, il faut dire que quelques uns ont exprimés un soulagement quand ils ont su ce que les frères de la filiale avaient dit. Quant à Rud, il trouva incroyable qu’une organisation soi-disant chrétienne puisse recourir à de telles méthodes obligeant des personnes à se soumettre à de tels examens et interrogatoires minutieux, simplement parce que des personnes ont été dérangées par l’application qui pouvait être faite du passage de Luc 10/29-37 par ceux qui s’engageaient dans une activité humanitaire :
Actes 10/29-37 : Voilà pourquoi je suis venu oui sans faire d’objection, quand on m’a envoyé cherché. Je vous demande donc pour quelle raison vous m’avez fait venir. Alors Corneille dit :’il y a quatre jours à compter de cette heure-ci, je priais dans ma maison à la neuvième heure, voyez, un homme en vêtement écarlate s’est tenu devant moi, et a dit : Corneille ta prière a été entendue favorablement, et de tes dons de miséricorde on s’est souvenu devant Dieu. Envoie donc à Joppé Simon qui est surnommé Pierre. Cet homme loge dans la maison de Simon, un tanneur près de la mer. A l’instant donc j’ai été envoyé vers toi, et tu as bien fait de venir ici. Et ainsi en ce moment, nous sommes tous présents devant Dieu pour entendre les choses que Jéhovah t’a ordonné de dire. Alors Pierre ouvrit la bouche et dit : « vraiment, je me rends compte que Dieu n’est pas partial, mais qu’en toute nation l’homme qui le craint et pratique la justice est agréé de lui. Il a envoyé la parole aux fils d’Israël pour leur annoncer la bonne nouvelle de la paix par Jésus-Christ, celui-ci est Seigneur de tous les autres. Vous savez, vous, de quoi on parlait dans toute la Judée, à commencer depuis la Galilée après le baptême que Jean prêchait.
Je suis enclin à penser que peu de témoins se seraient sentis équipés, et capables de présenter une défense aussi bonne que cet homme en Suède l’a fait. Et pourtant, ils pourraient se retrouver eux-mêmes devant une action visant à les exclure, pour avoir violer leur neutralité, accusations complètement fausses venant de l’organisation affirmant que la Croix Rouge soutient pour une grande part de son activité directe ou indirecte ce que Isaïe 2/4 condamne.
Dans le ‘berceau de la démocratie’
Peut-être que peu de cas illustre plus clairement les extrêmes dans lesquels le zèle peut pousser à espionner et à traiter sommairement, avec désagrément ou mécontentement certains événements qui ont eu lieu dans la décade passée en Grèce, pays appeler ‘le berceau de la démocratie’.
En 1986 le bureau de la filiale situé à Athènes commença à mettre une pression intense sur les Témoins qui montraient des signes de refus d’accepter l’enseignement et la politique de l’organisation. Le nombre des exclusions atteignit plus de la centaine. (Je me souviens d’une source sûre, que Lou Kopsis le surveillant de la filiale en ce temps là, prit la parole à une assemblée de Témoins pour informer à l’auditoire avec une satisfaction évidente que plusieurs centaines d’apostats avaient été exclus). D’autres quittèrent simplement l’organisation tranquillement. Dans l’intérêt de maintenir leur spiritualité, quelques uns de ces exclus commencèrent à se rassembler dans des maisons privées avec d’autres pour lire la Bible et la commenter. Ceci se fit tranquillement et sans fanfare. (Il est de notoriété que si des personnes se retirent de la Watch Tower, il ne tiennent plus de réunions régulières et ils sont critiqués comme désobéissant à Hébreux 10/25 : et s’ils se rassemblent ensemble, ils sont taxés de former une nouvelle organisation). La filiale Grecque cependant manifesta beaucoup de zèle à poursuivre et agir contre ceux là. Ceci déboucha sur des mesures remarquables, et l’affaire fut portée devant la justice qui fit la une des journaux comme montré ci après :
L’entête dit : « Les Témoins de la vidéo » poursuivis par les déclarations : Des fidèles de Jéhovah qui quittent l’organisation dans la crainte des cassettes. « Nous ne pouvons même pas parler à nos propre enfants » - « Beaucoup ont perdu leurs travail à cause de dossiers électroniques »
Voici ce qui se passa :
Le mardi 6 avril 1987 un groupe d’environ 50 personnes se réunirent au domicile de Nick et Eftihia Botzartzis pour étudier la Bible. De son balcon, Nick remarqua deux hommes debout dans la rue, repérant les individus entrant dans sa maison, dont quelques uns n’étaient pas formellement membres de l’organisation. Reconnaissant un des deux hommes comme étant un Témoin, il descendit lui parler, mais dès que les deux hommes le virent dans la rue, ils s’enfuirent littéralement. Dans les jours qui suivirent, trois de ceux qui assistèrent à l’étude biblique furent exclus par les anciens après un comité judiciaire.
Le vendredi, d’autres Témoins allèrent à la maison de Voula Kalokerinou, un ancien témoin, mais depuis cette affaire, ils décidèrent de se rassembler pour le souper du Seigneur le dimanche et la réunion du 9 avril fut annulée. Ce vendredi soir, cependant, Voula remarqua une voiture avec cinq personnes à l’intérieur, stationnant de l’autre côté de la rue, près de leur maison, et la voiture et ses occupants restèrent là pendant des heures. Il en fut de même le soir suivant.
On pourrait aisément assigner des mauvais mobiles à de tels événements, les considérant comme la mise en œuvre d’un espionnage évident pour identifier les éventuels déserteurs, et avoir des preuves pour attenter ensuite une action judiciaire contre eux. Cela pourrait être le produit de l’imagination, même d’une manifestation d’un certain degré de paranoïa, mais les événements ultérieurs démontrèrent le contraire.
Le dimanche 11 Avril, un certain nombre de personnes arrivèrent chez Voula pour commémorer la mort du Christ, mort destinée à sauver l’humanité entière. Voula remarqua une voiture inhabituelle stationnant à un angle de la rue, et un fourgon à l’autre angle. La vitre arrière du fourgon était couverte avec du papier, avec un trou découpé an centre. Les occupants de la voiture, traversèrent à plusieurs reprises pour parler à ceux qui étaient dans le fourgon. Voula demanda à l’un de ceux qui étaient venus chez elle de chercher à savoir pourquoi la voiture était garée là.
Quand il approcha de la voiture, ceux qui étaient à l’intérieur démarrèrent et s’enfuirent rapidement. Puis il alla à l’arrière du fourgon, et regarda à travers le trou du papier recouvrant la vitre. A l’intérieur il remarqua un équipement de caméra vidéo en train d’être utilisé par deux Témoins, un ancien nommé Nikolas Antoniou, et un membre du bureau de la filiale d’Athènes Dimitri Zerdes. Quelques-uns des frères et sœurs qui se trouvaient chez Voula sont alors venus vers le fourgon, et un policier qui était à proximité en planton à l’ambassade d’Italie arriva pour voir ce qui se passait. Les Témoins dans le fourgon manoeuvrèrent le véhicule pour faire le tour du groupe et le conduisirent dans un parking à proximité, où ils commencèrent à décharger leur équipement vidéo. Ils furent interrompus par l’arrivée de deux cars de police, et furent arrêtés pour violation de domicile privé. L’équipement vidéo fut confisqué. Le film fut regardé au domicile de Monsieur Kalokerinou, on voyait des zooms rapides effectués sur l’entrée, avec des plans rapprochés sur tous ceux qui étaient entrés.
Auparavant, les deux hommes dirent au procureur de l’Etat qu’ils étaient simplement là pour filmer un parent de Dimetre Zerdes, membre du bureau de la filiale. Sa cousine Eftihia Bozartis, déjà mentionnée plus avant, qui s’était retirée des Témoins deux ans plus tôt. Ainsi tel un loyal Témoin membre du bureau de la filiale, Dimitre n’aurait eu aucun intérêt à s’intéresser à elle, et il n’avait aucune raison de vouloir la filmer secrètement deux ans après sa démission.
Cette affaire fut ensuite présentée au tribunal. Dans sa conclusion le procureur Monsieur Kontaxis déclara :
Je ne pense pas qu’il y ait une organisation Chrétienne qui dise à ses membres de dire des mensonges, mais quand l’avocat de la défense, et l’association elle-même en disent, j’aimerais qu’ils prennent leur responsabilité et avouent en disant « oui nous avons espionné ». Et si une telle organisation reconnaît ces choses, comment peut-elle s’attendre à ce qu’on la suive ? Les deux hommes possédaient et utilisaient un équipement spécial vidéo, des témoins les ont vu filmer, et malgré cela l’avocat de la défense, tout au long du procès prétendit et dit, qu’ils n’espionnaient pas, mais qu’ils filmaient. Tout ceci n’honore ni l’avocat, ni l’organisation à laquelle il appartient.
Nous sommes libres d’appartenir à l’organisation de notre choix, mais nous sommes également libres de la quitter, et de faire ce que l’on veut dans les limites de la loi. Est-ce qu’une personne qui veut quitter ou abandonner cette organisation, donne le droit à cette organisation de suivre et d’espionner ses membres ? Tout le monde est protégé par la loi contre l’usage de vidéo cassette, d’enregistrements, et de films, quand cet usage est fait pour dévoiler la vie personnelle des individus. Cela relève de la confidentialité et est protégé par la loi, ceci inclut aussi les convictions personnelles. Ceci est très sérieux. Evidemment, la défense a tenté de pictographier la vie privée des personnes qui ont porté plainte, en utilisant des équipements vidéo, et ceci volontairement, et non par hasard.
La Société Watch Tower, en enseignant qu’elle représente ‘ l’arche’ et qu’il faut y rentrer pour être sauvé, en enseignant encore qu’elle est le canal de Dieu a créé une dépendance énorme vis-à-vis de ses membres, et donc ils sont conduits à faire n’importe quoi, même pour menacer et piétiner ce que l’on appelle les droits de l’homme.
Dans le cas du procès, un des juges demanda au propriétaire du fourgon qui était Témoin, et ancien, combien de temps il était resté stationné dans le véhicule ce jour là. La réponse fut six heures. Quand il demanda si les fenêtres du fourgon étaient transparentes, l’ancien dit que la fenêtre était recouverte avec du papier dans lequel un trou était découpé, et à travers duquel il pouvait filmer avec la caméra vidéo. Il déclara que tout ceci était simplement fait pour filmer son compagnon parent. Le film qui fut confisqué montre des gros plans de beaucoup de personnes entrant dans la maison, et sur le balcon. Mais en ce qui concerne le fameux parent, il n’apparaît nulle part sur le film. Il n’apparaît pas, pour la simple raison qu’elle ne fut jamais à ces réunions ! La cour rendit pour cette affaire un jugement de condamnation.
Ironiquement l’année suivante le magazine Réveillez-vous présentait un article décrivant l’intolérance des églises orthodoxes officielles Grecques qui avaient fait pression sur les officiels du stadium pour faire annuler leur contrat avec les Témoins de Jéhovah, qui devaient tenir une assemblée au stadium. (Voir RV du 22/11/1988 pages 9 - 11). L’article condamnait justement les traitements injustes affligés à des Chrétiens paisibles et respectueux des lois, et demandait la garantie constitutionnelle de la liberté des cultes et de la conscience religieuse. Après avoir dit que : La liberté du peuple grec a été de nouveau piétinée à cause de l’obscurantisme du clergé, l’article ajoutait : combien il est triste de voir comment on peut se moquer de la démocratie au sein même du berceau de la démocratie.
Je conviens tout à fait que cette condamnation concernant l’intolérance extrême et l’esprit de bigoterie dont les frères ont été victimes est triste. Je trouve également triste qu’une organisation habilitée à voir l’injustice quand elle est commise par les autres, et de protester quand elle est pratiquée envers ses propres membres pour violation de la liberté de conscience, n’est pas capable de voir quand c’est elle-même qui se rend coupable de la même chose. L’organisation Watch Tower ne s’est jamais exprimée contre la mentalité de l’âge des ténèbres manifestée par elle-même au cœur du ‘berceau de la démocratie’ en espionnant illégalement et en secret des Chrétiens paisibles et respectueux des lois qui